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04 décembre 2006

Le support de mes espoirs

Comment il devient immédiatement le support de mes espoirs dix fois déçus. Dans quelle détresse un silence de sa part, une fin de non recevoir – pire son indifférence, me projettent instantanément. Il me semble alors à chaque fois que tout est fini et chaque fois je voudrais disparaître.

10:45 Publié dans Instantanés | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : refusé

21 novembre 2006

Si d'aventure on aime

« Je hais les serre-fesses, les baisers qu’on leur prend,

Leur grogne, leur rogne, leur hargne, et leurs coups véhéments.

Je n’aime pas non plus les cœurs qui se donnent :

Ils sont à vous, à moi, ils ne sont à personne.

Cherchons un moyen terme : si d’aventure on aime

Il ne faut rien donner tout en donnant quand même. »

Straton de Sardes, La muse adolescente, traduction Pierre Maréchaux.

Sa main remontant d'abord timidement

C’était toujours la même angoisse au moment de se coucher. Celle de sentir soudain Carole se coller derrière lui, sa main remontant d’abord timidement le long de son flanc sous le t-shirt puis s’enhardissant à glisser vers l’entrecuisse. Inconsciemment, il en était venu à choisir de porter pour dormir les caleçons à l’élastique le plus serré, peut-être dans le fol espoir que la main de C. renoncerait à entreprendre une manœuvre sur ce terrain malaisé et battrait bientôt en retraite. Las ! C. se laissait rarement détourner de son but par des contingences aussi légères.

L'accolade

Après chaque soirée passée ensemble, le moment de se quitter. Elan synchronisé des corps, vaguement gênés, pour se donner l’accolade. Abandon total de R., mise en danger de celui qui semble-t-il n’a rien à perdre mais encore beaucoup à donner. Comme à mon habitude, craignant l’implication à mon corps défendant, je suis économe de mon affection. J’étreins de biais ou j’embrasse en évitant de trop serrer l’autre contre moi. Je pense à l’attitude de Pascal Greggory snobant Barthes sur le tournage londonien des Sœurs Brontë de Techiné. Distance tactique des plus jeunes, disponibilité souffrante des aînés.

Je t'enlacerai

medium_TN_1111004496399_1_.2.jpg« Je t’enlacerai, tu t’en lasseras », disait Louise de Vilmorin.

Je suis tenté d’ajouter : « Je t’éviterai, tu t’inviteras ».

L'épreuve du délaissement

Barthes dans Incidents : « Descente à la chambre noire : je regrette toujours ensuite cet épisode sordide où je fais chaque fois l’épreuve de mon délaissement ».

11:40 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Barthes, refusé

Exilé (28/08/04)

« L’homme en exil, c’est toi », m’a dit aujourd’hui N.

11:25 Publié dans Instantanés | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : refusé

19 novembre 2006

Journal romain

Rome, 6 novembre 2004, 16h.

medium_Rome4.5.jpgArrivés vers 13 h avec S. après bien des pérégrinations en bus, métro et équivalent de RER depuis l'aéroport de Ciampino. Figure vaguement incrédule de notre logeuse Bed & Breakfast : peut-être a-t-elle soudain l'impression d'être piégée, contrainte d'héberger deux folles françaises à chemises voyantes. Inquiétudes à propos de l'argent : je n'avais cessé de répéter à S. que nous devions retirer du liquide sur notre chemin afin de payer notre logeuse comme convenu dès notre arrivée au B. & B. Celle-ci s'empressait déjà de rédiger le reçu pour le paiement. Sentiment désagréable, crainte irrationnelle d'être refusé - mais elle n'a pas fait de difficultés pour que nous payions plus tard, après être ressortis. Déjeuner en chemise et en terrasse dans une rue du Trastevere. Temps incroyablement clément pour un mois de novembre, ciel dégagé malgré les promesses d'averse de la météo, douceur de vivre qui me gagne soudain au pied des façades ocres. Le charme fou des terrasses perchées toutes en verdure, comme celle que je vois quand je lève la tête de ces lignes sur le petit balcon de notre chambre. Et cet incroyable escalier tournant avec sa cage de verre sur le bâtiment en face couleur terre cuite.

Plus tard dans la soirée (un peu ivre).

Ai passé une excellente soirée avec S. et un couple de Français rencontrés en terrasse d'une petite trattoria nommée "Cul de Sac", près de la piazza Navona. Avec la nuit et l'alcool, l'espace entre les corps se condense. Soudain, tout est plus fluide, plus simple. S. draguant ostensiblement le serveur du cul de sac, que je croyais hétéro mais qui finit par le rejoindre aux toilettes.

medium_Rome3.6.jpg

Ce splendide garçon romain que je croise près du Panthéon et qui se retourne une fois, deux fois, trois fois sur moi, marque pour finir un temps d'arrêt. Qui me dira pourquoi j'ai pris la fuite ?

7 novembre 2004.

C'est un appartement bourgeois romain traditionnel, du moins tel que je me le représente. Spacieux, haut de plafond, dans un immeuble XIXème le long de la via Trastevere. Satisfaction de constater que le petit déjeuner était servi dans de l'argenterie au milieu d'objets et de meubles anciens, de manger en regardant une grande nature morte du XVIIIème siècle sur le mur en face de moi. Tout cela est autre chose à mes yeux qu'une mise en scène désuète. Le plaisir que je retire de la fréquentation de ces vestiges, c'est celui de retenir un peu plus longtemps pour en jouir quelques miettes du temps qui nous est arraché chaque jour.

8 novembre 2004, 8h50.

Départ tout à l'heure vers 13 h de la gare de Termini vers l'aéroport de Ciampino. Nous n'aurons sans doute pas le temps de faire grand chose... surtout S. qui avait prévu de revoir ce matin son bouillonnant Romain. A moins qu'ils n'expérimentent un nouveau lieu public (le Colisée ?) pour leurs ébats, après les toilettes du restaurant samedi soir et un parc public hier en fin d'après-midi. Pendant ce temps, je déambulais sans but en cercles concentriques autour du Panthéon. Après m'être rendu compte que le restaurant recommandé par E. où nous comptions nous rendre, L'eau vive, était fermé, j'ai tout de même décidé de pousser jusqu'à la via Condotti pour découvrir le mythique Caffe Greco. Comme à mon habitude, j'ai failli renoncer à pousser la porte. Bien que depuis des années déjà il ait fait l'objet par les touristes du monde entier d'une véritable Anschluss, j'étais ravi de faire connaissance avec les vieilles banquettes en velours rouge et les tableaux anciens sur le tissu jaune tendu sur les murs. Levant les yeux à côté de moi, j'ai presque sursauté à l'examen des photos accrochées là, réalisant que j'étais assis à la place exacte d'Alberto Moravia, qu'à deux pas de moi, Aldo Palazzeschi ou Orson Welles avaient leurs habitudes.

Reprenant ma circumdéambulation, à nouveau frappé du prix élevé de ma solitude, écrasé par le pressentiment de l'impossibilité d'une vie plus légère. Même à des heures d'avion de mon environnement habituel, la tristesse n'avait guère tardé plus d'une soirée avant de retrouver ma trace et de me coller aux semelles. Contraste entre la soirée de samedi si euphorique et l'abattement du lendemain.

Pas de jalousie à l'égard de S. : rien n'est plus simple à obtenir qu'une aventure.

N.B. : Ce matin, S. et son nouvel ami ont conclu leurs effusions dans les jardins du Palatin, pendant que j'arpentais au pas de course les vieilles pierres du Foro Romano.medium_Rome2.6.jpg

 
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