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19 novembre 2006

Journal romain

Rome, 6 novembre 2004, 16h.

medium_Rome4.5.jpgArrivés vers 13 h avec S. après bien des pérégrinations en bus, métro et équivalent de RER depuis l'aéroport de Ciampino. Figure vaguement incrédule de notre logeuse Bed & Breakfast : peut-être a-t-elle soudain l'impression d'être piégée, contrainte d'héberger deux folles françaises à chemises voyantes. Inquiétudes à propos de l'argent : je n'avais cessé de répéter à S. que nous devions retirer du liquide sur notre chemin afin de payer notre logeuse comme convenu dès notre arrivée au B. & B. Celle-ci s'empressait déjà de rédiger le reçu pour le paiement. Sentiment désagréable, crainte irrationnelle d'être refusé - mais elle n'a pas fait de difficultés pour que nous payions plus tard, après être ressortis. Déjeuner en chemise et en terrasse dans une rue du Trastevere. Temps incroyablement clément pour un mois de novembre, ciel dégagé malgré les promesses d'averse de la météo, douceur de vivre qui me gagne soudain au pied des façades ocres. Le charme fou des terrasses perchées toutes en verdure, comme celle que je vois quand je lève la tête de ces lignes sur le petit balcon de notre chambre. Et cet incroyable escalier tournant avec sa cage de verre sur le bâtiment en face couleur terre cuite.

Plus tard dans la soirée (un peu ivre).

Ai passé une excellente soirée avec S. et un couple de Français rencontrés en terrasse d'une petite trattoria nommée "Cul de Sac", près de la piazza Navona. Avec la nuit et l'alcool, l'espace entre les corps se condense. Soudain, tout est plus fluide, plus simple. S. draguant ostensiblement le serveur du cul de sac, que je croyais hétéro mais qui finit par le rejoindre aux toilettes.

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Ce splendide garçon romain que je croise près du Panthéon et qui se retourne une fois, deux fois, trois fois sur moi, marque pour finir un temps d'arrêt. Qui me dira pourquoi j'ai pris la fuite ?

7 novembre 2004.

C'est un appartement bourgeois romain traditionnel, du moins tel que je me le représente. Spacieux, haut de plafond, dans un immeuble XIXème le long de la via Trastevere. Satisfaction de constater que le petit déjeuner était servi dans de l'argenterie au milieu d'objets et de meubles anciens, de manger en regardant une grande nature morte du XVIIIème siècle sur le mur en face de moi. Tout cela est autre chose à mes yeux qu'une mise en scène désuète. Le plaisir que je retire de la fréquentation de ces vestiges, c'est celui de retenir un peu plus longtemps pour en jouir quelques miettes du temps qui nous est arraché chaque jour.

8 novembre 2004, 8h50.

Départ tout à l'heure vers 13 h de la gare de Termini vers l'aéroport de Ciampino. Nous n'aurons sans doute pas le temps de faire grand chose... surtout S. qui avait prévu de revoir ce matin son bouillonnant Romain. A moins qu'ils n'expérimentent un nouveau lieu public (le Colisée ?) pour leurs ébats, après les toilettes du restaurant samedi soir et un parc public hier en fin d'après-midi. Pendant ce temps, je déambulais sans but en cercles concentriques autour du Panthéon. Après m'être rendu compte que le restaurant recommandé par E. où nous comptions nous rendre, L'eau vive, était fermé, j'ai tout de même décidé de pousser jusqu'à la via Condotti pour découvrir le mythique Caffe Greco. Comme à mon habitude, j'ai failli renoncer à pousser la porte. Bien que depuis des années déjà il ait fait l'objet par les touristes du monde entier d'une véritable Anschluss, j'étais ravi de faire connaissance avec les vieilles banquettes en velours rouge et les tableaux anciens sur le tissu jaune tendu sur les murs. Levant les yeux à côté de moi, j'ai presque sursauté à l'examen des photos accrochées là, réalisant que j'étais assis à la place exacte d'Alberto Moravia, qu'à deux pas de moi, Aldo Palazzeschi ou Orson Welles avaient leurs habitudes.

Reprenant ma circumdéambulation, à nouveau frappé du prix élevé de ma solitude, écrasé par le pressentiment de l'impossibilité d'une vie plus légère. Même à des heures d'avion de mon environnement habituel, la tristesse n'avait guère tardé plus d'une soirée avant de retrouver ma trace et de me coller aux semelles. Contraste entre la soirée de samedi si euphorique et l'abattement du lendemain.

Pas de jalousie à l'égard de S. : rien n'est plus simple à obtenir qu'une aventure.

N.B. : Ce matin, S. et son nouvel ami ont conclu leurs effusions dans les jardins du Palatin, pendant que j'arpentais au pas de course les vieilles pierres du Foro Romano.medium_Rome2.6.jpg

 
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