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04 octobre 2007

25 juillet : Le retour du refoulé

Sur la route de Laguna Beach, haut-lieu d’une émission de télé-réalité mettant en scène les angoisses existentielles de la jeunesse dorée de Californie, le naturel revient au galop. Saturé de Hip-Hop et de RnB qui assaisonnent nos heures californiennes depuis un mois, en voiture, à la télévision, dans les bars, les clubs et les magasins, j’arrête le curseur de la radio sur une station de musique classique. Et Mozart s’éveille et s’étire entre les collines de Laguna Hills.

 


podcast

 

Les Noces de Figaro, "L'ho perduta... me meschina !" ; direction : Sir Georg Solti.

02 février 2007

Un crossover peu banal

Cette époque vit la fortune d’une cantatrice au talent un peu spécial, Céline Petipet, qui prétendit un temps réconcilier l’art lyrique avec la tradition disparue du pétomane. Ses spectacles consistaient pour l’essentiel à redoubler ses vocalises d’une salve de pets ou bien à moduler à l’aide de son seul fondement des airs connus tirés des plus grands opéras. Comme pour démentir son patronyme, dont elle allait répétant qu’il s’agissait de son vrai nom, ses prestations avaient rapidement fait grand bruit et attiré une foule croissante de spectateurs, recrutés majoritairement dans les classes moyennes supérieures, à l'instar de son illustre prédécesseur, Joseph Pujol, qui avait fasciné la bonne société de la Belle Epoque grâce à son interprétation d'« Au clair de la lune » au flutiau.

Céline Petipet n’avait affirmé sa vocation de cantatrice pétomane que sur le tard, et bien malgré elle. Cantonnée jusqu’ici au répertoire lyrique traditionnel et à une notoriété ne débordant guère le cercle des abonnés à l'opéra de la capitale, elle avait inopinément découvert ses prédispositions un soir au théâtre du Châtelet lors d’une représentation de Don Giovanni de Mozart, quand à l’issue d’un « Crudele? - Ah No, Mio Bene!...» assez quelconque, elle avait laissé échapper un vent retentissant. Tandis que la consternation avait glacé in petto les fauteuils d’orchestre, l’hilarité avait rebondi de balcon en balcon jusqu’au poulailler. Rouge de honte, la soprane avait alors déserté la scène, où sa doublure en jeans et pull informe l’avait remplacée au pied levé. Pudeur ou charité, le journaliste du service Culture de La Croix présent dans la salle ce soir-là n’en fit pas écho dans sa chronique.

Cet épisode ne serait sans doute pas parvenu jusqu’à nous s’il n’avait été suivi d’une rencontre qui allait complètement changer la destinée de Céline Petipet. Traumatisée depuis cette soirée fatidique, elle n'avait pu se résoudre à remettre les pieds sur les planches de peur de connaître un nouveau moment d’abandon. Ni l’hypnose, ni le changement de régime alimentaire auquel elle s’était astreinte afin de limiter sa propension aux flatulences n’avaient eu raison de cette crainte. Jusqu’au jour où un petit homme jovial s’était présenté à son domicile et avait insisté pour qu’elle lui accorde quelques minutes, ce que par lassitude autant que par désoeuvrement elle avait fini par faire. Nul ne sait exactement ce qui fut dit ce jour-là, quels mots le petit homme, patron d’un cabaret nommé « L’Escarpolette », sut trouver pour convaincre Céline Petipet de tirer parti du sort qui s’était abattu sur elle et de donner une inflexion radicale à sa carrière. Toujours est-il qu’il ne se passa pas ensuite trois mois avant les premières représentations à « L’Escarpolette » de son spectacle d’un genre tout nouveau. Le bouche à oreille fit son office et en six mois, elle accéda à la notoriété médiatique que l’exercice exigeant de son art lui avait jusqu’ici refusé.

La consécration advint lorsqu’une émission de télévision dominicale destinée à un public familial révéla juste avant le journal de vingt heures à la France incrédule et ravie ses étonnantes aptitudes. Puis elle signa un contrat avec un prestigieux label de disques allemand qui vit en cette alliance peu banale de talents le crossover susceptible de redresser ses ventes déprimées depuis la crise du marché de la musique classique. Enfin, une grande chaîne de télévision commerciale toujours à l’écoute de l’évolution des goûts de ses spectateurs décida de faire passer un casting afin de constituer une chorale de jeunes pétomanes, dont les progrès seraient mesurés chaque semaine lors d’une émission de prime time. Dès l’annonce du projet, elle fut submergée de candidatures d’adolescents - enregistrements audio à l’appui - toutes plus prometteuses les unes que les autres. Une rumeur insistante circulant sur Internet prêta l’intention à un groupe polyphonique corse d’explorer cette voie dans leur prochain album tandis que la presse magazine populaire annonça qu’une major du disque mettait la dernière touche à un duo de la cantatrice avec l’un de ses artistes maison peinant à renouveler son public de jeunes filles prépubères et de femmes entre deux âges. Puis avec les premières audiences décevantes de la chorale amateur, la marée médiatique reflua presque aussi vite qu’elle était venue, non sans avoir rempli le compte en banque de la soprane. Celle-ci réapparut à intervalles réguliers sur les plateaux des talk shows de nuit pour présenter les toutes dernières resucées discographiques de ses plus grands succès mais ne rencontra plus jamais l’engouement des débuts. Elle se risqua alors à renouer ponctuellement avec une carrière orthodoxe de chanteuse lyrique dans de petits rôles et des lieux peu exposés. Incursions qui lui valurent un retour d’estime de la part du public des mélomanes qui s’étaient détournés d’elle à l’orée de sa gloire et redécouvraient qu’après tout, elle avait une voix.

22 janvier 2007

Ecrire en dansant

« Ivres à peine. Mozart pleure des notes qui me laissent comme hypnotisé, toujours. Sur la modeste table de bois, nos assiettes vides et luisantes, nos verres à demi-pleins, les fumées entremêlées de nos cigarettes, des miettes de pain, une revue d’art dont il m’a montré les motifs, et les deux bouteilles de vin rouge bientôt vides.

Symétrie dans le miroir, au-dessus de la cheminée : les étagères de la bibliothèque du salon où nous devisons comme si nous glissions dans les mots se continuent aux étagères de l’entrée où trônent des livres que seul un escabeau permet d’attraper. Bois tendre et bois blanc séparés par le cadre du reflet. Dans l’ombre, son profil lit...

"L’horreur du réel. Rien à lui opposer que l’acte d’écrire qui avait fini par s’imposer à moi comme une activité nécessaire, aveugle, comme l’unique façon de boucher le temps, de se fermer à la mortalité qui, de simple obsession, s’était faite si banalement charnelle. La présence, la dénégation désespérée de la mort, je n’avais de toute façon jamais supposé d’autre motif à l’écriture…"

Plaisir de sourire à l’écouter. Il  lit avec application, sans solennité, sans trébucher. Son émotion est palpable, je m’adoucis, n’ai pas besoin d’être attentif.

Les mots s’impriment sur mon écran mental avec l’exacte intonation de l’homme qui les a pensés. Seule la lumière des petites lampes résonnant sur les étagères de livres doux, bruns et espiègles, me rattache au réel, et le réel ce soir-là c’est la voix d’un ami cher tenant en ses mains un livre qui pour lui a fait événement, comme l’on porte en soi comme il en est d’un talisman la photo noir et blanc de sa mère enfant, ou, quelque part en ses murs, un objet trouvé, mais sacré.

Alors les mots, comme une arabesque calligraphiée, dansent comme des ombres chinoises qui nous rappellent ces vestiges de soi, vertiges intimes et diaphanes. »

Stéphane Darnat

Blog littéraire Le Solitaire rature

21 janvier 2007

L'innocent

Lors la mise en scène de son Boris Godounov à Londres, Andreï Tarkovski s’inspirant, pour le personnage maladroitement nommé « l’Innocent » en français, d’une anecdote concernant Staline : celui-ci entendant un soir à la radio le concerto n°23 de Mozart interprêté par la pianiste Maria Yudina, en demande immédiatement le disque. Panique au Kremlin : Maria Yudina jouait en direct et aucun enregistrement n’existe. L’entourage de Staline décide alors d’en réaliser un pendant la nuit mais plusieurs chefs d’orchestre se défilent avant que l’un deux accepte, terrifié. Maria Yudina, quant à elle, reste imperturbable et Staline reçoit le disque tout juste pressé le lendemain. A nouveau charmé par le jeu de la pianiste, il décide de lui accorder une somme de 20 000 roubles. Celle-ci lui écrit alors qu’elle donnera cet argent à son église afin que l’on prie pour que ses crimes contre le peuple russe lui soient pardonnés. Malgré l’offense, Staline refusera qu’elle soit arrêtée. C’est cela la figure de l’Innocent dans Boris Godounov : l’inconscient qui dit son fait au tsar mais que ce dernier laisse vivre afin qu’il prie pour son salut.

19 novembre 2006

De E. à M. (2)

Et j'écoute le concerto pour piano n°23 de Mozart la version que tu apprécies tant. Et tout mon corps et mon esprit sont remplis de A. Il n'y a pas une seule journée passée où il ne me manque pas avec violence et mon chagrin sans fond au sort qui lui a été fait. Si j'avais la certitude de le retrouver sans plus attendre une seconde j'irai le retrouver et cela ne serait que la fin d'une attente insupportable et le plus grand des bonheurs qui me serait fait. Je me suis souvent demandé pourquoi jamais je n'ai été armé du courage de le faire. Mais justement parce que je n'ai pas la certitude de le retrouver et que dans ce cas-là même si ma vie n'est faite que de difficultés d'inquiétudes de tristesse du manque de cette horrible culpabilité et d'un immense désespoir c'est pour mieux me rappeler tout l'amour que j'avais de lui. Et il me semble que ce n'est pas cher payé.

10:25 Publié dans Entre toi & moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Mozart

 
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