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28 octobre 2007

31 juillet – 1er août : Sic Transit

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J’ai connu quelqu’un qui disait que les heures d’attentes et les multiples contrôles auxquels doivent désormais se plier touristes et cadres dans les aéroports étaient des chemins de croix modernes. J’avais beaucoup ri à l’expression de cette angoisse de nanti.  Mais au moment de quitter K. à l’aéroport de Los Angeles, je me cabre devant l’entrée du labyrinthe de cordes qui serpente jusqu’à l’avion comme un Pac-Man géant. Sans doute mes péripéties passées nourrissent-elles ma paranoïa, mais l’idée du parcours qui m’attend, la perspective de devoir montrer patte blanche à chaque station, me paniquent. 

2000 ans de christianisme nous avaient certainement préparés, modernes bourgeois de Calais, à piétiner pendant des heures en file indienne, à se dépouiller de toute possession et de toute intimité pour les livrer aux rayons X, avant de passer dans l’autre monde, sous le sacro-saint portique détecteur de métaux, pieds nus, ceinture ôtée, pantalon tombant, le regard humble pour ne pas accrocher l’attention inquisitrice du cerbère de service. Le cas échéant, il faut encore s’offrir à la palpation professionnelle de ce dernier, les bras levés en croix, immobile, le regard fixe porté au loin, là où l’humiliation ne sera plus qu’un souvenir presque drôle. Après un siècle de relative émancipation, il fallait bien que la Loi tente de reprendre le contrôle des corps, si ce n’est celui des esprits.

Le retour sur soi propre au voyage en solitaire dont je vantais un peu imprudemment les mérites en d’autres circonstances tourne décidément, avec l’escalade des mesures de sécurité, au véritable examen de conscience : Ai-je pêché ?  Est-ce que je transporte un coupe-ongles ou un liquide de plus de cent millilitres ? Ai-je nourri des pensées coupables contre le gouvernement des Etats-Unis ? Une bonne éducation catholique a habitué ses récipiendaires à chercher la faute en eux, si bien qu’au moment de passer devant le douanier, ils en arrivent à être persuadés qu’ils ont effectivement quelque chose à se reprocher.

Une consolation tout de même une fois dans l’avion. Je n’ai pas à remplir, comme à l’aller, les formulaires pour les services d’immigration. C’est au tour des Américains et des extra-Européens de se demander si leur sort ne se joue pas à chaque ligne mal remplie.

*

Combien de livres peut-on emporter avec soi lorsqu’on quitte tout ? Pas beaucoup si j’en juge par la douleur qui a eu le temps de s’installer dans mon épaule lorsque je traversais l’aéroport avec mon sac en bandoulière, lesté des livres achetés à San Francisco que je n’avais pas voulu confier à la soute.

*

J’aurais voulu dormir durant le vol Los Angeles-Londres, me laisser bercer par l’infime vibration des moteurs répercutée dans la carlingue de l’avion, ne serait-ce que pour avoir le plaisir puéril d’utiliser la petite panoplie distribuée par la compagnie après le repas du soir (qui comme tous les repas pris en avion me donne toujours l’impression de jouer à la dînette) : masque occultant, chaussettes de nuit, brosse à dents et dentifrice. Peine perdue, j’ai commencé à regarder un film, 300, récit couillu et couillon de la bataille des Thermopyles. Léonidas et ses Spartiates avaient tout l’air d’une armée de gym queens, qui aurait brusquement délaissé les haltères, le visage figé dans un rictus de colère par les compléments de « vitamines », pour aller casser de la drag queen, en l’occurrence l’inénarrable Xerxès et sa suite de Perses efféminés, harnachés comme pour l’Europride du siècle.

Lorsque enfin j’ai renoncé à regarder la fin de cette mascarade barbouillée à la palette graphique, le sommeil commençait de me fuir. Je tentais encore de l’amadouer quand des cris affolés se sont élevés derrière mon siège. « Help ! Help ! », criaient trois hommes avec un fort accent d’Europe de l’Est, penchés sur le corps inanimé d’une femme d’une cinquantaine d’années. Dans une tentative désespérée de la ramener à la vie, deux d’entre eux, ses fils probablement, pinçaient et trituraient son visage avec leurs doigts comme de la patte à modeler sans qu’elle ne réagisse. Un instant, j’ai cru que son visage finirait par se déchirer tel un masque de latex dans ces séries américaines usées par les rediffusions. Le professionnalisme de l’équipage évacua prestement mari et fils de leur rangée afin d’accéder à la présumée morte et de l’allonger. Grâce aux soins des médecins présents à bord, la femme reprit bientôt connaissance et son examen révéla qu’elle avait franchement abusé du vin blanc lors du repas. Son mari, chemise à fleurs ouverte sur un large poitrail broussailleux, montre et gourmettes dorées ostentatoires, adressait des sourires aux voyageurs alentour comme pour les rassurer, mais ne rencontrait que les visages fermés de ceux qui, mal réveillés mais peut-être définitivement réveillés, auraient sans doute préféré, tant qu’à faire, que sa femme ait effectivement trépassé.

*

A Londres, le dispositif de sécurité s’est encore renforcé depuis l’attentat de l’aéroport de Glasgow fin juin et le calvaire tourne à la farce. Il est notifié au pénitent faisant la queue qu’il doit respecter un certain nombre d’étapes. Etape n°1 : retirer la housse de son ordinateur portable pour le placer dans un premier bac jaune en plastique. Etape n° 2 : retirer montre et menus objets dans ses poches pour les mettre dans la poche latérale de son bagage à main, lui-même destiné à être posé dans un autre bac jaune. Etape n°3 : retirer ses chaussures et les déposer dans un bac supplémentaire. Etape n°4 : retirer de son bagage à main le sac en plastique zippé de 20 centimètres sur 20 centimètres, dans lequel on a entassé flacons de moins de 100 millilitres et médicaments utiles pendant le voyage, et le mettre dans le bac aux chaussures sur celles-ci. Etape n°5 : retirer sa veste ou son blouson et le ranger plié sur le sac aux médicaments, lui-même posé sur les chaussures.

 

Retenir et respecter ces consignes byzantines s’est avéré d’autant moins aisé qu’elles n’étaient expliquées qu’à trois reprises tout au long de la file d’attente qui me retint une heure. Surtout, à chaque fois, négligence ou malice de douanier anglais, les panonceaux détaillant chaque étape étaient disposés dans un ordre différent et il en manquait invariablement un. D’où un sentiment d’incompréhension inquiète parcourant la chenille des voyageurs, croissant à l’approche du portique. Moi j’étais comme un lion en cage, furieux à mesure que mon fantasme de rater ma correspondance pour Paris devenait de plus en plus crédible.

 

Portique franchi, vingt minutes avant le décollage de mon avion. Mes chaussures à peine enfilées, je prends mes jambes à mon cou en direction de mon terminal, monte deux étages quatre à quatre à la recherche du comptoir d’Air France pour retirer ma carte d’embarquement. Puis les redescends aussi sec parce qu’on me dit là-haut que le comptoir en question se trouve là d’où je viens. Mais comment ne l’ai-je pas vu ? Pardon m’ssieurs-dames, je ne veux pas vous bousculer,  je suis d’ordinaire assez bien élevé mais là je suis pressé : j’ai un avion à prendre, vous aussi sans doute. Je ne vois pas ce fichu comptoir. Pourtant Air France, c’est grand, c’est bleu, on le voit de loin. Et non, il est tassé dans un coin, annoncé seulement par une petite pancarte, un comptoir multi-enseignes on dirait, gardé par un jeune Anglais d’origine asiatique remarquablement évaporé. Un garçon-fleur, dirait Joseph Hansen. Est-il encore temps pour moi de m’enregistrer ? « Please, I don’t want to get stuck again in London, you know ! ». Le garçon-fleur reste impavide devant ma tentative de gagner sa sympathie avec un peu d’humour, mais il me livre quand même mon boarding pass. Bye Bye Darling, sourire, c’est pas mal non plus, tu sais. Plus qu’un quart d’heure. Je vais l’avoir cette fois. Au revoir Heathrow, désolé cette fois de ne pas rester plus longtemps à arpenter tes moquettes légèrement odorantes, à m’avachir dans tes fauteuils en buvant ton café infect et brûlant, en fixant les écrans bleus des départs, occasionnellement en parcourant les journaux abandonnés sur le siège à côté de moi. J’ai déjà passé trop de temps en ta compagnie, il me semble. A moi Paris, la grisaille de son été, la poussière sur les meubles dans mon appartement qui sommeille. Tu sais quoi ? Tout ça a fini par me manquer.

21 octobre 2007

28 juillet : Dernière obsession / Magnet maniériste

A quelques jours de mon départ, il me restait une dernière quête à accomplir, une dernière obsession à satisfaire. J’étais venu ici avec le secret espoir de voir un grand nombre de tableaux de David Hockney, dont la peinture, depuis son premier séjour dans les années 60, a mûri sous le soleil californien. Si bien qu'il s'en faut de peu aujourd'hui pour que, par commodité, les vade-mecum de l’art contemporain ne lui assignent explicitement l’étiquette de peintre régional : David Hockney, peintre de la Californie, ses reliefs, ses piscines, ses garçons.

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Mais depuis mon arrivée, ses tableaux se dérobent. Ils restent étrangement invisibles, où que j’aille, quel que soit le musée que je visite. Pas une seule piscine en vue, de celles qui ont fait sa renommée, où les grands aplats de couleurs découpent la toile en figures géométriques et bousculent la perspective, tandis que le réalisme des corps accroît le sentiment d’étrangeté. Pas même un seul de ses précieux dessins exécutés à main levée à l’encre ou au crayon, sensuels et tendres dès lors qu’ils représentent des proches, miracle d’un abandon saisi au vol. Rien qu’un petit format à l’huile entrevu au San Francisco Museum of Modern Art, dont la modestie m’a empêché de m’en souvenir et a seulement nourri ma frustration. A Los Angeles résidaient mes dernières espérances, il me fallait visiter ses deux principales institutions dédiées à l’art contemporain.

Ma déception a culminé hier au Moca (Museum of Contemporary Art), situé dans le centre de Los Angeles. La collection permanente, riche de quelque 5 000 œuvres d’artistes tels que Roy Lichtenstein, Mark Rothko, Robert Rauschenberg, Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat ou bien sûr David Hockney est inaccessible, cantonnée à la discrétion de ses réserves. Le billet d’entrée de huit dollars donne accès à deux expositions temporaires. L’une d’entre elles est une rétrospective intitulée « The Art of Richard Tuttle ». Mieux vaut taire ce que m’inspire cet art « post-minimaliste », comme le qualifient sans malice les commissaires de l’exposition. J’ai beaucoup de mal à y voir autre chose que le fruit ingrat des relations incestueuses entre artistes, galeristes et conservateurs de musées, qui infusent un peu trop souvent l’art contemporain.

medium_escobar.2.jpgL’autre exposition « Poetics of the Handmade » réservait néanmoins quelques surprises plus heureuses : les planches de surf et les skateboards de Dario Escobar, habillés d’argent ciselé dans la tradition du XVIIe siècle espagnol et illustrés de sujets religieux, amalgame réjouissant du profane et du sacré, du banal et du précieux ; les tableaux délicats de Maximo Gonzalez à partir de billets de monnaies dévaluées du monde entier ; les dessins de Matthew Monahan – artiste que j’avais découvert quelque temps plus tôt au cours de mes divagations sur internet  dont le tracé futuriste leur donne paradoxalement l’allure d’un travail de maître ancien.

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Aujourd’hui enfin, mon entêtement a payé mais le résultat est assez maigre. Au LACMA (Los Angeles County Museum of Art), l’aile consacrée à la peinture contemporaine était fermée et je n’ai pu contempler que le seul Hockney visible, celui accroché dans le hall du musée, le gigantesque « Mulholland Drive : The Road to the Studio ».

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*

A la boutique de souvenirs du LACMA, j’ai été heureux de pouvoir acheter un magnet pour mon réfrigérateur reproduisant le Vénus et Cupidon du Bronzino exposé dans le musée. Je pense à l’impéritie des musées de Naples, où d’autres œuvres maniéristes avaient impressionné ma rétine. Il y est parfois impossible d’obtenir un catalogue des collections, simplement parce qu’un tel catalogue n’existe pas, comme à la Certosa de San Martino. J’imagine la tête des conservateurs napolitains si on leur disait qu’il existe un endroit où l’on vend des magnets maniéristes.

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06 octobre 2007

27 juillet : Books alone are liberal and free

La vieille bibliothèque de Los Angeles semble posée au milieu des gratte-ciels de Financial District telle un memento mori dévoilant la vanité de la course à la hauteur dans laquelle est engagé tout le quartier.

Ceux qui par milliers travaillent aux alentours dans les banques et les sièges de grandes entreprises peuvent méditer ces morts inscrits au fronton de sa tour carrée Art déco : « Books alone are liberal and free : they give to all who ask, they emancipate all who serve them faithfully. » De qui d’autre peut-on en dire autant ?

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06 septembre 2007

15 juillet : Un fantasme

medium_Financial_district.2.JPGChaque soirée de cette semaine passée à San Francisco nous cueillait fourbus mais ravis d’avoir au fil d’une longue journée pu découvrir un ou deux quartiers supplémentaires. Union Square, Financial District, North Beach, Fisherman’s Wharf, Pacific Heights, Golden Gate Park, Haight-Ashbury, Civic Center, Mission District, Castro… Pas un de ces petits carrés striés d'orange sur la carte que nous n'ayons méthodiquement arpenté à pied, en nous aidant occasionnellement du bus.

Je crois que la marche reste le seul moyen pour moi de m’approprier une ville, comme on assemble patiemment pièce après pièce un puzzle de béton, de métal et de bois. D’où sans doute les sentiments contrariés, entre répulsion et fascination, que m’inspire la monstrueuse et clinquante Los Angeles, où les distances entre les quartiers sont définitivement trop grandes pour les parcourir à pied et où il est extravagant de se reposer sur les transports en commun – sauf à être totalement masochiste et à accepter de passer quatre heures dans un bus simplement pour traverser le centre de la ville. Là-bas, l’espace est éclaté, le mouvement motorisé une illusion grisante, qui recomposent constamment et repoussent hors champ toute idée de ville : L.A. ne se donne à vous que pour mieux vous résister l’instant d’après, et vous échappe toujours.

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San Francisco n’a pas cette afféterie, elle se laisse envisager sans faire de mystère. Et j’aurais presque envie de dire, à l’instar de Carrie (mais un ton en dessous) : « I loved, loved, loved, loved that city » : medium_chinatown.2.JPGles manoirs victoriens irréels des quartiers chics, les gratte-ciels égarés dans la brume de Financial District, les pagodes aux tuiles vertes vernies de Chinatown, la déglingue des vieux cinémas Art Déco désaffectés de Mission District, le quartier latino, et bien sûr la multitude des maisons en bois aux couleurs de cartes postales qui s’étalent et s’étagent dans pratiquement toutes les rues dès qu’on sort du centre-ville à proprement parler.medium_maisonsSF.3.JPG

Il n’y a guère que Tender Loin pour embarrasser la vue : les camés y hantent chaque rue, armée de zombies toute droit sortie d’un film de George Romero. La misère extrême dégueule son alcool frelaté jusqu’au pied des grands hôtels et des galeries d’art d'Union Square. Revers de la prospérité américaine que l’on aurait pu finir par oublier presque, à force de fréquenter les malls de luxe et les restaurants d’Orange County, où l’entre-soi préserve de l’inattendu.

Peut-être précisément parce que San Francisco conserve un véritable espace public qui semble faire défaut là où s’étend l’ombre de Los Angeles, et donc qu’elle met en présence des individus qui ailleurs jamais ne se croisent, je me sentirais capable d’y vivre. Est-il nécessaire d’ajouter qu’au contact prolongé de cette ville a pris corps dans mon esprit le fantasme d’une année sabbatique passée ici à écrire ?

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25 août 2007

13 juillet : De la culture en Californie

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Au bout d'une allée serpentant à travers l’étendue verte d’un terrain de golf, nous arrivons dans un endroit nommé Land’s End, littéralement le bout du monde, peut-être parce qu’il semble léviter au-dessus de l’océan Pacifique. Là, l'incongru Palace of the Legion of Honor tend ses formes classiques contre le bleu céruléen qui coiffe aujourd’hui San Francisco.

Vision irréelle pour le passant parisien que je suis d'ordinaire, qui à une époque empruntait matin et soir la rue de Solferino et entrapercevait parfois derrière les grilles de l’Hôtel de Salm les jeunes filles de la Légion d’honneur, tailleur bleu marine, cheveux sages, col blanc, fantômes d’une autre époque fuyant le regard des curieux entre les colonnes austères. Pas de jeunes filles rangées en vue ici, sous la lumière drue de Californie baignant la réplique exacte de ce monument parisien, née dans les années 20 du caprice de l’épouse d’un magnat du sucre, Alma Spreckels. Pas de jeunes filles mais des sculptures de Rodin par dizaines dans ce musée qui revendique fièrement en posséder le plus grand nombre, en dehors du musée Rodin de Paris. Les Spreckels avaient la folie des Rodin et de tout ce qui était français en général, comme en témoignent leurs collections qui constituent le fonds originel du musée. Outre des sections importantes dédiées à la peinture italienne, des primitifs jusqu’à la Renaissance, à la peinture hollandaise et flamande des XVIIème et XVIIIème siècles, le Legion of Honor fait en effet la part belle aux impressionnistes (Monet, Renoir, Degas, Manet, Pissaro…) et aux modernes (Cézanne, Picasso, Braque, Matisse…). medium_Palace_Legion_Honor_Salon_LouisXVI.2.jpgMais le plus saisissant reste sans doute les salles consacrées au mobilier français des XVIIème et XVIIIème siècles, mis en scène dans des décors de boiseries authentiques, démantibulées et rapportées d’hôtels particuliers ou de châteaux français, à une époque pas si lointaine où l'on pouvait encore vendre sans crainte son patrimoine architectural par caisses entières à de riches collectionneurs étrangers. Je me suis rendu compte à mesure de mes visites que c’était une constante de beaucoup de musées américains nés au tournant du XXème siècle que d’accorder une telle hégémonie aux œuvres d’origine européenne et singulièrement française. Les plus belles pièces de mobilier de l’Ancien Régime que j'ai pu voir, les rares rescapés du mobilier royal parvenus jusqu’à nous, ont élu domicile depuis longtemps sur le sol américain. Cette obsession pour l'Europe et le goût français a longtemps dominé les orientations des grandes institutions culturelles américaines, reflet de la recherche de distinction de leurs mécènes issus de l’élite WASP. Au point que la fréquentation exclusive de ces lieux pourrait à la longue persuader que l’art américain n’a rien produit qui soutienne la comparaison. medium_martel.2.jpg

Comme l’explique de manière très documentée Frédéric Martel dans De la Culture en Amérique, cette échelle des valeurs a commencé d’être battue en brèche à la fin des années 1970, lorsque l’explosion des ghettos noirs imposa d'élargir le champ de la culture légitime et d’ouvrir ce vieux modèle figé aux expressions culturelles dites « minoritaires ». Vingt ans plus tard, ce mouvement de réévaluation historique a peut-être quelque chose à voir avec le renaissance du de Young Museum, dans le bâtiment audacieux construit au début des années 2000 dans le Golden Gate Park de San Francisco par les architectes Herzog et de Meuron : où le monolithe opaque depuis l'extérieur se révèle être, quand on y pénètre, un moucharabieh de métal tamisant la lumière autour des fétiches et des masques de cérémonie et offrant un regard en surplomb sur toute la ville. medium_de_Young.4.JPGJusqu'ici parquées dans un bâtiment de style colonial, les abondantes collections d’arts des civilisations précolombiennes, africaines, de Papouasie – Nouvelle Guinée et de Nouvelle Zélande, côtoient désormais fraternellement la collection d’art américain, depuis ses expressions un peu frustres d'avant l'Indépendance en passant par son paysagisme académique au XIXème (aussi monumental qu’ennuyeux à mes yeux) jusqu’à la singularité de la peinture figurative et réaliste de la côte Ouest au XXème siècle – à rebours du rouleau compresseur de l’expressionnisme abstrait de New York. Les  transitions entre les collections achèvent de brouiller les frontières traditionnelles et de subvertir les vieilles hiérarchies, et l'on se retrouve soudain au cœur d'une curieuse chambre d'échos, où l’artisanat des indiens d’aujourd’hui répond à la poterie maya vieille de 1500 ans et où la création contemporaine réactualise des motifs, des techniques, des matières utilisées depuis des millénaires. Où commence l’art, où finit le musée ? Interrogations hélicoïdales pour colloques feutrés. Les réponses, à vrai dire, m’importent moins que la confusion qu’elles génèrent dans un esprit saturé de beau après trois heures de visite et bientôt obsédé par un seul but : s’asseoir et manger.

Si l’on en croit Mike Davis dans City of Quartz, cette tendance historique à l'affranchissement des canons européens pour une reconnaissance de la cultural diversity a fonctionné totalement à l’envers à Los Angeles. Dans les années 1980, les promoteurs immobiliers et leurs partenaires financiers ont entrepris de redorer le blason du centre-ville de L.A., dont la valeur périclitait, en tentant d’en faire un pôle d’attraction culturel d’envergure mondiale. D’où une frénésie de monumentalisme culturel dont les expressions les plus réussies ont été le Walt Disney Concert Hall dessiné par Frank Gehry et le J. Paul Getty Center conçu par Richard Meier, les deux architectes fétiches de la région. Selon ses autorités qui s’en vantent, le Getty Center a été le musée le plus cher jamais construit sur le sol américain (300 millions de dollars) et sa dotation, dont les intérêts servent à financer son fonctionnement, est l’une des plus importantes des Etats-Unis (3 milliards de dollars).

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Pour Mike Davies, « cette floraison d’art public et de monumentalisme est allée de pair avec une désertification culturelle du reste de la ville. […] Depuis la fin des années soixante-dix, faute de subventions municipales, les écoles assurent de moins en moins l’enseignement de la musique et des arts plastiques, les principaux ateliers communautaires ont fermé, les clubs de jazz disparaissent les uns après les autres, la danse afro-américaine s’est retrouvée à la rue, le théâtre communautaire s’étiole, le cinéma noir ou chicano reçoit de moins en moins d’aides et le muralisme de East L.A., pourtant connu dans le monde entier, a presque disparu ».

medium_Getty.JPGUn mois en Californie, c’est trop peu pour que je sois en mesure de juger de l’acuité d’un tableau aussi noir, de le nuancer voire de l’infirmer, comme l’ont fait certains depuis la parution du livre de Mike Davis. Cependant, à considérer les choses depuis les hauteurs de Sepulveda Pass où la masse blanche du Getty domine tout Los Angeles, je me dis que son ouverture à la fin des années 90, avec son tropisme européen et francophile coulé dans le béton, avait quelque chose de fâcheux, de l’ordre du déni, au sein de la ville la plus multiculturelle des Etats-Unis.

11 août 2007

5 juillet : No oral sex

J’ai de longues conversations avec R., le père d’Adolpho. De longs monologues devrais-je plutôt dire, à peine ponctués par quelques interjections affirmatives de mon initiative, de plus en plus courtes à mesure que ses prises de parole s’étirent. Ce sont le plus souvent des histoires sinueuses enchaînées sans temps mort et sans réel lien logique entre elles. On s’attend à une conclusion en forme de morale, venant justifier de tels développements, mais elle vient rarement, soit qu’elle soit volontairement laissée en transparence de son propos, soit peut-être qu’il n’y en ait pas, que l’homme souhaite simplement capter votre attention, qu’il ait « besoin de parler » comme dirait K.

Mais c’est faire peu de justice à cet homme prévenant et attentionné, ce charmeur encore séduisant à l’approche de la soixantaine, peau brune, dents blanches, parlant toujours mezzo voce (au contraire de la mère d’Adolpho dont la voix aux accents latino en anglais n’est pas sans rappeler celle de Gonzo, l’étrange créature violette au nez crochu du Muppet Show). Sa bienveillance va jusqu’à une certaine forme de paternalisme, qui à ma surprise ne me pèse pas, tant il reste non contraignant.

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Comme lorsqu’il était venu une fois vers K. et moi pour nous demander si tout allait bien. Puis comme souvent lorsqu’il souhaite faire passer un message, il a pris son propre exemple, assurant que parfois dans certaines réunions, il restait silencieux mais que cela ne signifiait pas qu’il s’ennuyait, mais qu’il appréçiait simplement le fait d’être là. Manière indirecte, pleine de tact, de nous demander s’il en allait de même pour nous. Ce à quoi je lui ai répondu que je pouvais à peine parler à cause de l’aphte qui entamait ma langue depuis quelques jours. Il m’a alors demandé de le suivre dans la cuisine où il nous a servi à tous les deux un verre d’un liquide pour bains de bouche vert fluorescent comme l’uranium dans un épisode des Simpson et m’a invité à se rincer la bouche avec, comme lui. Après être allés le recracher chacun de notre côté, il m’a prévenu : « now the medical part ». Une mise en garde sur le caractère contagieux des aphtes a suivi, avec exemple à l’appui d’un cousin du Nicaragua à qui sa femme avait demandé le divorce après qu’elle eût contracté un herpès vaginal dont elle attribuait injustement l’origine aux infidélités de son mari. Mise en garde que R. conclut par ces mots : « So, no oral sex ! ».

09 août 2007

4 juillet : Four – O – Five / Fourth of July

medium_405.JPGTout au long de l’incontinente freeway 405 qui irrigue depuis Los Angeles tout le comté d’Orange, la monotonie des panneaux verts indiquant la prochaine sortie. Quand ce n’est pas un mall de luxe qu’ils signalent - Irvine Spectrum, Fashion Island… mais peut-être surtout South Coast Plaza, le plus grand centre commercial de la côte Ouest, couvrant pas moins 250 km2 et accueillant 24 millions de visiteurs par an, soit six fois plus que le Louvre... -, c’est une université  (UCLA, California State University de Long Beach, University of California d’Irvine…). Quand ce n’est ni l’un ni l’autre, c’est qu’il s’agit d’un aéroport : LAX, l’aéroport de Los Angeles, celui de Long Beach ou encore le John Wayne Airport de Santa Ana. Mais combien en ont-ils au juste ?

*

medium_4juillet.JPGEn prévision des fêtes du Fourth of July, un agent immobilier avait planté sur la pelouse de nos hôtes, comme sur celle de leurs voisins dans toute la rue, un petit drapeau américain auquel était agrafée sa carte de visite. Bel exemple de patriotisme commercial. Haussant les épaules avec une moue sceptique, R. me confie que lui-même ne sort plus le drapeau à cette occasion depuis quelques années, mais qu’il n’enlèvera pas pour autant le fanion non sollicité : « Les gens d’ici ne comprendraient pas ».

08 août 2007

3 juillet : Sur la banquette arrière

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Sur la banquette arrière de la voiture, j’ai soudain les larmes aux yeux et je serre fort la main de K. Peut-être est-ce la fatigue, peut-être suis-je simplement heureux d’être là.

3 juillet : Are we winning the war ?

 

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En chemin vers des appartements qu’Adolpho souhaitait visiter downtown et à West Hollywood, l’agent immobilier - un latino évaporé ponctuant chacune de ses phrases d’un « Oh my god ! » qui faisait lever les yeux au ciel à la mère d’Adolpho – remarque une publicité pour une station de radio affirmant offrir le plein d’essence à chacun le vendredi suivant. Et de se tourner vers nous pour nous demander : « Are we winning the war ? »

Futuropolis

medium_city_of_quartz.JPG« Dans le secteur ethniquement « pur » (95 % de Blancs) qui couvre le nord du comté de San Diego et le sud du comté d’Orange – véritable « futuropolis » peuplée de communautés fermées et de pôles technologiques –, les associations de propriétaires, soutenues par les commerçants, ont déclaré une guerre hystérique aux immigrés, force de travail bon marché pourtant indispensable au mode de vie de la race des seigneurs. Dénonçant le comportement infâme de ces malheureux qui, par exemple, n’hésitent pas à uriner sur la voie publique, les propriétaires d’Orange, de Costa Mesa, de San Clemente, d’Encinitas et d’autres localités de la « Gold Coast » demandent l’intervention de la police contre les campements de ces travailleurs mexicains ou centre-américains sans papiers qui se regroupent tous les matins aux carrefours dans l’attente d’une embauche. Comme il n’y a pratiquement pas de logement bon marché dans les 140 kilomètres qui séparent le barrio de Santa Ana des quartiers hispaniques d’East San Diego, ces milliers de journaliers et leurs familles – successeurs hispanophones des travailleurs agricoles décrits jadis par Steinbeck – subsistent clandestinement dans des abris de fortune et des campements improvisés dans les taillis et les collines, souvent à proximité de somptueuses résidences, dont les propriétaires millionnaires veulent désormais en finir avec le « fléau » de l’immigration. »

Mike Davis, City of Quartz : Los Angeles, capitale du futur.

07 août 2007

2 juillet : Un petit coin de bannière étoilée

La famille d’Adolpho qui m’accueille et chez qui K. était déjà installé depuis une semaine est sans doute une famille latino américaine comme tant d’autres, ayant réussi aux Etats-Unis au-delà de ce que leur pays d’origine, en l’occurrence le Nicaragua, aurait pû leur offrir. Concrétisant un rêve inaccessible à la majorité de ses semblables partis tenter leur chance aux Etats-Unis et cantonnés dans les jobs non qualifiés que les blancs leur ont abandonnés, R., le père d’Adolpho, à force de cours du soir et de semaines passées sur des chantiers loin de sa famille, y a conquis son petit coin de bannière étoilée. Sa propre entreprise de BTP. Une maison avec piscine au sud de L.A., dans le comté d’orange (surnommé « le triangle d’or » parce que son climat méditerranéen y a attiré une concentration exceptionnelle de riches qui ont fait exploser les prix de l’immobilier depuis les années 80). Et quatre grosses cylindrées. Celles-ci dépassent d’ailleurs de loin en luxe la maison, ce qui n’est pas tout à fait absurde, si l’on tient compte du temps passé sur la route et dans les embouteillages ici.


podcast

medium_Newport_Beach.2.JPGPlus que les lieux, ce qui impressionne ma rétine pour le moment, ce sont d’ailleurs les trajets en voiture. Que ce soit avec les parents d’Adolpho dans leur grosse jaguar grise ronronnante en route vers les malls labyrinthiques, ces centres commerciaux géants, peuplés de californiennes désoeuvrées risquant l’overdose de luxe français. Ou seul avec K. dans la vieille BMW blanche et sans rayure quand nous explorons prudemment les alentours de la zone pavillonnaire où nous résidons. Ou bien encore dans le coupé Mercedes d’Adolpho, lorsqu’il file le soir sur les freeways sous le ciel mauve luminescent au milieu de l’étendue infinie des lumières de la ville. La radio débite alors un RnB qui ne semble avoir été inventé que pour cela ou de vieux machins sympathiques comme Prince ou MC Hammer, accrochés comme un chewing-gum à l'asphalte de L.A.

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Même si les retours dans les embouteillages sont une leçon de patience, ces trajets ont au moins pour eux d’être toujours riches de promesses. Promesses que les destinations peinent souvent à tenir jusqu’ici (Newport Beach, Laguna Beach, Santa Monica, West Hollywood de nuit), à quelques exceptions près (le Getty Center, Downtown L.A.). Comme si l’expérience du transit permanent, l’impression de fluidité que les embouteillages n’arrivent pas à entamer, se suffisait à elle-même, surpassait le but du voyage que l’on s’était fixé. Ou comment les freeways donnent à philosopher.

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03 août 2007

1er juillet : Exercice de solitude

Assis seul dans le terminal 2 à Roissy en attendant l’embarquement jeudi dernier, je me disais qu’il faudrait toujours voyager ainsi plutôt qu’en couple ou entre amis. Parce que les longues heures d’attente dans les aéroports ne sont pas propices aux échanges les plus brillants et qu’ils finissent par abêtir complètement : à bout d’attendre, on cherche le moindre prétexte pour amuser ses compagnons de voyage, resuçant de vieilles anecdotes usées jusqu’à la corde ou balançant des traits de plus en plus acérés et de moins en moins drôles. Il est à souhaiter que nos proches soient assez indulgents et fatigués pour en rire et les oublier par la suite. A contrario, les départs sont des moments suffisamment importants pour que l’ennui qu’ils traînent avec eux soit mis à profit pour faire retour sur soi-même. Ils sont du moins toujours pour moi un instant révélateur des mois et des années passés, à l’instar de certaines nuits de veille ou d’insomnie, un exercice de relecture signifiant « voilà où j’en suis » en même temps qu’ils sont l’événement par essence, celui où tout change, où l’on laisse derrière soi ses vielles peaux après une mue, où l’on est déjà l’autre, détaché de ce qui quelques heures à peine plus tôt pesait encore lourdement sur la nuque.

Du moins en étais-je convaincu jusqu’à mon arrivée à Londres, où j’ai pu expérimenter de manière abrupte la contrepartie de cet exercice de solitude du voyageur quand son trajet déraille.

medium_hotesse.JPGParce que mon agence de voyages avait omis de me donner mes billets au format papier à mon arrivée à l’aéroport à Paris et m’avait invité à retirer directement mon boarding pass auprès de British Airways qui m’emmenait jusqu’à Londres, je me suis retrouvé coincé à Heathrow entre deux avions. Virgin Atlantic avec qui je devais faire Londres – Los Angeles refusait de m’éditer mon billet. C’était le début d’un marathon kafkaïen qui m’a vu courir sans cesse du guichet de Virgin, où les hôtesses déclinaient toutes les variantes du refus – professionalisme poli, fermeté agressive, compassion distraite -, jusqu’aux téléphones publics situés à l'autre bout du terminal pour harceler les téléopérateurs impuissants de mon agence de voyages en France, à qui à chaque fois il fallait tout réexpliquer et qui à chaque fois me laissaient entrevoir une issue différente : « c’est réglé, vous n’avez pu qu’à vous enregistrer » puis la fois d’après « c’est de votre faute, nous n’y pouvons rien, il faut maintenant compter sur leur bonne volonté », avant finalement qu’on ne me raccroche au nez. Comme le sentiment d’avoir pris quelque part le mauvais embranchement vers un cul-de-sac et que rien ni surtout personne ne vous indiquera la sortie.

medium_AA.3.JPGJ’ai vu le moment approcher où j’allais me résoudre à débourser les 700 livres sterling qu’on me demandait en remplacement du billet resté à Charles-de-Gaulle. Après sept heures de négociations, d’attente et d’angoisse et 40 livres dépensées en cartes de téléphone, un arrangement a fini par être trouvé avec British Airways qui avait commis l’erreur de me laisser embarquer à Paris sans billet. Et j’ai pu m’envoler pour Los Angeles avec American Airlines… enfin après une heure passée à attendre dans l’avion cloué sur le tarmac que la climatisation soit réparée. Une heure à suer et à étouffer.

Durant le vol, l'angoisse a continué de me poursuivre, à l’idée du débarquement et des formalités de douane – je pensais finir à Guantanamo pour avoir importé sur le territoire américain deux bouteilles d’alcool au lieu du litre autorisé – et je n'ai pas réussi à m’absorber dans la lecture d'un livre ou même l'écoute de mon i-pod. Aussi ai-je nourri la conversation engagée par mon voisin de gauche, un Allemand de 72 ou 73 ans, émigré en Californie depuis les années 50. Il rentrait d’Allemagne où ses deux frères étaient restés pendant tout ce temps. Pour autant que j’ai compris ce qu’il me disait dans son anglais très docteur Folamour et ponctué de légers claquements de ses fausses dents, ils avaient du être séparés pendant des décennies, car ils étaient originaires de l’ex-Allemagne de l’Est. Il était venu aux Etats-Unis pour travailler pour IBM et y avait épousé une Péruvienne (dont il avait eu un fils), décédée l’année dernière. Il me raconta l’année sabbatique qu’ils avaient prise pour sillonner l’Europe et l’Amérique du Sud, ce qui lui était une consolation (« We hat a gud life (cloc) ») et était à mon endroit une invitation à profiter de tout ce que la vie pouvait offrir.

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Arrivé à Los Angeles, j'ai passé la douane sans encombre mais je n’ai pu récupérer ma valise, que j’ai cru perdue jusqu’à ce qu’elle me soit finalement expédiée de Londres, où elle était restée, trois jours plus tard.

 
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