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11 septembre 2007

18 juillet : Sweet dreams

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Dans le hall géant du Stratosphere Tower, notre hôtel à Las Vegas, Eurythmics psalmodie en boucle « Sweet dreams are made of this ». Vegas a certes tout d'un rêve mais la douceur y est absente. Il suffit de franchir le pas de la porte de l'hôtel-casino, monde à lui seul, pour s'en rendre compte : l’air en fusion saute au visage. A peine une journée depuis que nous sommes arrivés et j'ai l'impression d'avoir épuisé tous les charmes de cet univers totalement artificiel et vain, sans jamais y avoir été sensible plus qu'un instant, ce que j'espérais pourtant, sans doute de mauvaise foi.

 

Hier soir, nos bagages à peine déposés dans la chambre, j’ai traîné K. dehors pour aller manger dans un endroit que j’avais relevé dans notre guide. Malgré la chaleur suffocante, j’ai insisté pour parcourir à pied le strip, la principale artère de Vegas. Calvaire sans intérêt puisque pour pouvoir déguster notre sandwich au milieu d’une salle déserte dans un mall sur le point de fermer, nous avons dû traverser un paysage cauchemardesque de parkings, de terrains vagues, de motels défraichis et de chantiers où béton et tiges d'aciers sont lancés vers le ciel sous l'aîle des grues. medium_strip.2.JPGLes hôtels-casinos sont en effet en perpétuel agrandissement, quand ils ne sont pas purement et simplement rasés pour laisser place à des constructions encore plus délirantes. Rien ne semble ici destiné à durer vraiment, quelle que soit la démesure de l’édifice, la qualité et la longévité des matériaux employés pour les construire. Comme en témoigne la fermeture la veille de notre arrivée du Frontier, l’un des plus vieux hôtels-casinos de Vegas - ouvert depuis 1942, indique un panneau géant. Déjà, les camions défilaient devant sa porte, emportant machines à sous et mobilier, fourmis dépeçant la grande carcasse toute en néons et vitres fumées. L’hôtel Aladdin, pourtant signalé dans notre guide publié en 2007 comme l’un des lieux incontournables de Vegas, est quant à lui resté inexplicablement introuvable. Sans doute a-t-il à nouveau été rasé, comme en 2000, pour renaître en plus grand et en plus fou d’ici quelques mois.

 

medium_Luxor.2.JPGCe qu’il y a de plus intéressant dans ces monstres éphémères, c’est bien entendu leur tendance presque systématique à pasticher un univers ou une époque : les histoires de pirates avec les impressionnants trois-mâts se déplaçant dans le bassin devant le Treasure Island, la Rome antique avec les colonnades, les péristyles et les temples du Ceasar’s Palace, L’Egypte des pharaons avec la pyramide de verre noir du Luxor, Paris, son Louvre et sa tour eiffel au Paris Vegas… Le plus saisissant reste sans doute le Venetian qui à l’extérieur présente un concentré des monuments de la cité des doges – Pont des Soupirs, Campanile, Palais des Doges… - et à l’intérieur imite le dédale de ses rues, prétexte à aligner boutiques et brasseries. medium_venetian.2.JPGJamais on ne se croît à Venise bien sûr, tout est ici trop carton pâte,  ambiance fraise Tagada, et l’eau des canaux trop bleu piscine, même si les gondoliers chantent en italien (avec un micro). Mais le ciel peint avec quelques nuages sur le plafond au dessus des façades des maisons en arrive à certains moments à faire oublier que l’on est à l’intérieur d’un gigantesque trompe-l’œil climatisé. A tel point qu'à la sortie, le vent brûlant du désert est presque toujours une surprise.

Je n’arrive pas à décider si ce goût pour le pastiche architectural, hyperbolique à Las Vegas mais tout aussi présent en Californie, est un moyen pour les Américains de s’acheter un passé plaisant sans vilaines aspérités ou bien une forme de pied de nez à cette culture européenne qui leur donne souvent tellement de complexes. Difficile de ne pas s’interroger sur les intentions de l’architecte quand on tombe nez à nez, comme cela m’est arrivé à San Francisco, avec un immense (forcément immense) building aux arêtes gothiques doté d’un porche d’église romane avec tous ses saints abritant… une banque.medium_sfgothic.JPG

Ou bien ceux qui ont construit ces répliques disproportionnées avaient-ils en tête l’espoir de laisser des ruines respectables à quelques siècles ou millénaires de distance. Que restera-t-il des gigantesques malls à thème (missionnaire hispanique, mauresque, méditerranéen…) de la périphérie de Los Angeles ? Qu’est-ce qui survivra de Las Vegas quand la pénurie d’eau et d’hydrocarbures aura imposé de rendre au désert cette ville absurde ? Combien de temps les néons, les stucs, les cascades et les forêts tropicales résisteront-ils au soleil et aux pillards ? Les restes du Ceasar’s Palace ressembleront-ils à ceux du Foro romano ? Ou bien les colonnes laisseront-elles apparaître leur structure métallique sous le mauvais ciment ? J’espère que ce qui fera la joie des futurs archéologues seront les sols incroyables qui pavent ces endroits : marbres multicolores, mosaïques raffinées, puzzles de pierre, voilà bien les seuls éléments de ces décors qui ne sont pas tout à fait factices.

*

Le plus surprenant à Vegas, c’est que l’on arrive parfois à manger bien. Comme hier soir sur une place de « Venise » où j’ai mangé la meilleure pizza depuis des mois, fine et crispy, accompagnée d’une salade de roquette parfaitement assaisonnée (et non comme d’habitude, noyée sous une abondante mélasse sucrée) servis par un impeccable Italien d’une cinquantaine d’années, parlant mal l’anglais. De quoi ajouter dans mon esprit à la confusion créée par le décor.

*

Le souci américain de la perfection a abouti à restituer son nez au sphinx qui monte la garde devant le Luxor. Ce nez ressemble-t-il à l’authentique ou a-t-il plus à voir avec ceux que remodèlent à longueur d’année les chirurgiens californiens ?

19 novembre 2006

Journal romain

Rome, 6 novembre 2004, 16h.

medium_Rome4.5.jpgArrivés vers 13 h avec S. après bien des pérégrinations en bus, métro et équivalent de RER depuis l'aéroport de Ciampino. Figure vaguement incrédule de notre logeuse Bed & Breakfast : peut-être a-t-elle soudain l'impression d'être piégée, contrainte d'héberger deux folles françaises à chemises voyantes. Inquiétudes à propos de l'argent : je n'avais cessé de répéter à S. que nous devions retirer du liquide sur notre chemin afin de payer notre logeuse comme convenu dès notre arrivée au B. & B. Celle-ci s'empressait déjà de rédiger le reçu pour le paiement. Sentiment désagréable, crainte irrationnelle d'être refusé - mais elle n'a pas fait de difficultés pour que nous payions plus tard, après être ressortis. Déjeuner en chemise et en terrasse dans une rue du Trastevere. Temps incroyablement clément pour un mois de novembre, ciel dégagé malgré les promesses d'averse de la météo, douceur de vivre qui me gagne soudain au pied des façades ocres. Le charme fou des terrasses perchées toutes en verdure, comme celle que je vois quand je lève la tête de ces lignes sur le petit balcon de notre chambre. Et cet incroyable escalier tournant avec sa cage de verre sur le bâtiment en face couleur terre cuite.

Plus tard dans la soirée (un peu ivre).

Ai passé une excellente soirée avec S. et un couple de Français rencontrés en terrasse d'une petite trattoria nommée "Cul de Sac", près de la piazza Navona. Avec la nuit et l'alcool, l'espace entre les corps se condense. Soudain, tout est plus fluide, plus simple. S. draguant ostensiblement le serveur du cul de sac, que je croyais hétéro mais qui finit par le rejoindre aux toilettes.

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Ce splendide garçon romain que je croise près du Panthéon et qui se retourne une fois, deux fois, trois fois sur moi, marque pour finir un temps d'arrêt. Qui me dira pourquoi j'ai pris la fuite ?

7 novembre 2004.

C'est un appartement bourgeois romain traditionnel, du moins tel que je me le représente. Spacieux, haut de plafond, dans un immeuble XIXème le long de la via Trastevere. Satisfaction de constater que le petit déjeuner était servi dans de l'argenterie au milieu d'objets et de meubles anciens, de manger en regardant une grande nature morte du XVIIIème siècle sur le mur en face de moi. Tout cela est autre chose à mes yeux qu'une mise en scène désuète. Le plaisir que je retire de la fréquentation de ces vestiges, c'est celui de retenir un peu plus longtemps pour en jouir quelques miettes du temps qui nous est arraché chaque jour.

8 novembre 2004, 8h50.

Départ tout à l'heure vers 13 h de la gare de Termini vers l'aéroport de Ciampino. Nous n'aurons sans doute pas le temps de faire grand chose... surtout S. qui avait prévu de revoir ce matin son bouillonnant Romain. A moins qu'ils n'expérimentent un nouveau lieu public (le Colisée ?) pour leurs ébats, après les toilettes du restaurant samedi soir et un parc public hier en fin d'après-midi. Pendant ce temps, je déambulais sans but en cercles concentriques autour du Panthéon. Après m'être rendu compte que le restaurant recommandé par E. où nous comptions nous rendre, L'eau vive, était fermé, j'ai tout de même décidé de pousser jusqu'à la via Condotti pour découvrir le mythique Caffe Greco. Comme à mon habitude, j'ai failli renoncer à pousser la porte. Bien que depuis des années déjà il ait fait l'objet par les touristes du monde entier d'une véritable Anschluss, j'étais ravi de faire connaissance avec les vieilles banquettes en velours rouge et les tableaux anciens sur le tissu jaune tendu sur les murs. Levant les yeux à côté de moi, j'ai presque sursauté à l'examen des photos accrochées là, réalisant que j'étais assis à la place exacte d'Alberto Moravia, qu'à deux pas de moi, Aldo Palazzeschi ou Orson Welles avaient leurs habitudes.

Reprenant ma circumdéambulation, à nouveau frappé du prix élevé de ma solitude, écrasé par le pressentiment de l'impossibilité d'une vie plus légère. Même à des heures d'avion de mon environnement habituel, la tristesse n'avait guère tardé plus d'une soirée avant de retrouver ma trace et de me coller aux semelles. Contraste entre la soirée de samedi si euphorique et l'abattement du lendemain.

Pas de jalousie à l'égard de S. : rien n'est plus simple à obtenir qu'une aventure.

N.B. : Ce matin, S. et son nouvel ami ont conclu leurs effusions dans les jardins du Palatin, pendant que j'arpentais au pas de course les vieilles pierres du Foro Romano.medium_Rome2.6.jpg

 
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