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22 janvier 2007

Ecrire en dansant

« Ivres à peine. Mozart pleure des notes qui me laissent comme hypnotisé, toujours. Sur la modeste table de bois, nos assiettes vides et luisantes, nos verres à demi-pleins, les fumées entremêlées de nos cigarettes, des miettes de pain, une revue d’art dont il m’a montré les motifs, et les deux bouteilles de vin rouge bientôt vides.

Symétrie dans le miroir, au-dessus de la cheminée : les étagères de la bibliothèque du salon où nous devisons comme si nous glissions dans les mots se continuent aux étagères de l’entrée où trônent des livres que seul un escabeau permet d’attraper. Bois tendre et bois blanc séparés par le cadre du reflet. Dans l’ombre, son profil lit...

"L’horreur du réel. Rien à lui opposer que l’acte d’écrire qui avait fini par s’imposer à moi comme une activité nécessaire, aveugle, comme l’unique façon de boucher le temps, de se fermer à la mortalité qui, de simple obsession, s’était faite si banalement charnelle. La présence, la dénégation désespérée de la mort, je n’avais de toute façon jamais supposé d’autre motif à l’écriture…"

Plaisir de sourire à l’écouter. Il  lit avec application, sans solennité, sans trébucher. Son émotion est palpable, je m’adoucis, n’ai pas besoin d’être attentif.

Les mots s’impriment sur mon écran mental avec l’exacte intonation de l’homme qui les a pensés. Seule la lumière des petites lampes résonnant sur les étagères de livres doux, bruns et espiègles, me rattache au réel, et le réel ce soir-là c’est la voix d’un ami cher tenant en ses mains un livre qui pour lui a fait événement, comme l’on porte en soi comme il en est d’un talisman la photo noir et blanc de sa mère enfant, ou, quelque part en ses murs, un objet trouvé, mais sacré.

Alors les mots, comme une arabesque calligraphiée, dansent comme des ombres chinoises qui nous rappellent ces vestiges de soi, vertiges intimes et diaphanes. »

Stéphane Darnat

Blog littéraire Le Solitaire rature

30 novembre 2006

Le solitaire rature

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Le solitaire rature, le blog littéraire de Stéphane Darnat : "comme un double de moi écrivant".

11:10 Publié dans Liens affectifs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Darnat, écrire

23 novembre 2006

Une lettre de Marcel P. à la Duchesse des Darnes

Chère duchesse,
Je me dis parfois ces jours-ci, en remontant le chemin bordé d’aubépines qui mène de la maison de ma tante Léonie jusqu’aux nénuphars géants du jardin de l’oncle Jules, comme j’en avais pris l’habitude du temps où Gilberte et moi, tout à nos conversations toujours recommencées à propos du clocher de Méséglise, en oublions de regarder où nous marchions et d’éviter les flaques d’eau de pluie stagnante reflétant dans une parfaite symétrie les délicates fleurs roses à la manière des laques japonaises qui firent plus tard mon ravissement dans le boudoir de monsieur de Charlus, qu’il est bien agréable d’avoir une amie comme vous auprès de qui s’épancher du quotidien et avec qui partager les impressions fugaces qui vous saisissent lorsque la lumière du jour change, comme ce soir, vous le rappelez-vous, où nous fîmes quelques pas à Germain des Prés après avoir croisé Morel qui rentra sans nous voir au Flore, occupé qu’il était à saluer quelqu’un qu’il prit pour le duc de Guermantes, alors que nous franchissions la porte vitrée de l’établissement.
Marcel

PS : Voudriez-vous me faire envoyer votre exemplaire dédicacé du Dépôt par la Pételle par l’entremise de votre valet de chambre, le jeune kabyle avec ses yeux verts en amande qui me rappelle ma chère Albertine qui me manque tant ? J’ai su qu’il avait de grandes notions de mécanique, et envisageant d’acheter une automobile, je souhaite l’entretenir à ce sujet.

 
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