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15 octobre 2012

De la nécessité du camp

couv-typo-front2.jpgDu camp, notion toute anglo-saxonne difficilement traduisible en français et toute aussi difficilement prononçable (faites un effort, dites « kemp » par pitié et non « campe », ça fait universitaire de province), le vieux dictionnaire Webster rescapé de vos années lycée vous dirait qu’à son apparition en 1909, il dénotait un comportement « ostentatoire, exagéré, affecté, théâtral et efféminé ». Pédé, pensez-vous sans doute avec moins de circonspection. Soit, il y a bien de cela mais pas seulement. Dans les années 70, après la publication des Notes on camp de Susan Sontag qui donnèrent à cette sensibilité esthétique ses lettres de noblesse, son sens s’altéra, nous renseigne encore le Webster, mais cette fois de manière plus confuse, puisque selon lui, le mot en vint à signifier tout à la fois la banalité et l’artifice, la médiocrité et « l’ostentation poussée à l’extrême au point d’exercer une attirance perversement sophistiquée ». Débrouillez-vous avec ça.
Pour percer le mystère (et tout l’intérêt) d’un comportement et d’un regard sur le monde qui-fait-désormais-cruellement-défaut-à-notre-époque comme on dit dans Des Racines et des Ailes (Faut-il le préciser, Jean-Marc Ayrault et Nadine Morano ne sont pas précisément camp ; Valérie T. en est peut-être un cas limite), il faut se reporter au premier livre de Patrick Mauriès, esthète, collectionneur de bizarreries et d’œuvres d’artistes ignorés des digest de l’histoire de l’art, autant qu’éditeur de précieux opuscules dans les élégantes collections du Promeneur et du Cabinet des lettrés. Patrick Mauriès, PromeneurDans le Second manifeste camp, paru en 1979, ce disciple de Roland Barthes (R.B., suprême délicatesse, avait transmis à son éditeur le manuscrit de ce livre sans rien en dire au jeune écrivain) tente de définir l’indéfinissable, explore à travers références et citations les multiples facettes d’une notion qui toujours se défile. Où l’on apprend incidemment qu’est camp, « tout esthétisme qui se connaît, c’est-à-dire qui n’est plus bridé par quelque considération de goût que ce soit et qui puisse toucher aux abîmes de ses propres thèses », les projets d’œuvres amorcés et jamais aboutis, les romans de James Purdy ou de Jean Genet, le Rex, Angelina et les endroits désuets en général, Andy Warhol bien sûr mais aussi Hamlet et le Surfer d’argent, Proust et les personnages de Nous Deux, le maniérisme et Winnie the Pooh, l'improbable Lytton Strachey, pilier du groupe de Bloomsbury, et son indispensable biographie par Michael Hollroyd, ou encore l’idée (qui personnellement m’est chère) que les seules véritables blanchisseuses se trouvent en Normandie.Lytton Strachey Le camp résiste à l’abstrait et cède au mimétique, s’adonne à la périphrase et aux "conduites d’irréalité érotiques", consomme par procuration et est toujours un peu à côté de lui-même. In fine, il est cascade rhapsodique de livres, vertige de rhétorique et d’érudition, sentimentalité de l’intellect.
Ce classique incontournable de toute bibliothèque un peu exigeante était épuisé depuis belle lurette. L’éditeur singulier a eu l’idée singulière, et bienvenue, de le rééditer, qui plus est sous une forme soignée : il sera disponible sur les tables de vos libraires préférées (i.e. sur Amazon) le 8 novembre prochain. Pour les plus enragés, il sera possible de se prosterner aux pieds de l’auteur le vendredi 19 octobre entre 18 h et 20 h lors d’une rencontre-signature organisée à la galerie 12Mail, 12 rue du Mail dans le 2e arrondissement.

Ce billet a également été publié sur le blog Je Fouille Aussi Par Derrière.

21 mai 2008

L'identité est un devenir

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Planches extraites de : Les nouvelles aventures de l'incroyable Orphée, par Martin Tom Dieck et Jens Balzer (éditions Fréon, 2004).

09 janvier 2008

Y.T.

5fadd2b80d5016a01e80b0df82aa4eea.jpgA la mémoire de ma grand-mère,

Yvonne Tiphaine

(20 mars 1913 – 5 janvier 2008)

à qui, entre autres choses plus importantes les unes que les autres, je dois les livres, la musique et les mots pour retenir un peu de ce temps qui a passé.

« Ne peut-on imaginer qu’à la lettre certains êtres vous guident dans une démarche intellectuelle ? Non des êtres livresques, des auteurs, des penseurs, mais des êtres dont la chair a été aimée ? » (Roland Barthes)

25 janvier 2007

Plutôt que d'écrire

Quand Roland Barthes apporta son premier livre à sa grand-mère maternelle, il s’entendit dire que plutôt que d’écrire, il ferait mieux de "faire garçon de café".

08 janvier 2007

Le terrain de l'enfance

A chaque séjour chez mes parents, c’est la même angoisse mélancolique qui me gagne par marées successives. Angoisse de me retrouver sur le terrain de l’enfance, hanté par les morts ou par ces êtres qui, immanquablement, le seront un jour.

Quand P. fit un jour le simple constat devant moi que Roland Barthes avait été brisé par la mort de sa mère, je restai interdit, vaguement incapable de comprendre en quoi cet événement pût avoir une telle portée. Il a suffi que je passe à nouveau quelques jours à F. pour en saisir à nouveau toute la barbarie.

Peur panique du deuil. Quand je reviens ici, je prends la mesure de ce à quoi je serai amené à renoncer dans les années à venir. La ville – Paris, j’entends – est un refuge confortable, l’amnésie qu’elle permet, une fuite en avant. Je ne pourrais pas vivre sans cette possibilité quasi permanente d’oubli.

Mélancolie de retrouver l’espace étriqué où ceux qui m’ont précédé ont cantonné leurs vies et de sentir la vanité qu’il y a chez moi à avoir voulu m’en évader. Car pour finir, pas plus qu’eux, je n’échapperai à la mort. Celle-ci rendra bien dérisoires mes gesticulations pour me démarquer des mornes perspectives auxquelles me promettait le cadre local.

Angoisses qui me saisissent en général la dernière nuit de mon séjour, dès la lumière éteinte. Mon regard sur les lieux et les gens prend alors la couleur sépia du deuil. Ma vie passée et future défile avec la rapidité d’un vieux film en super 8. Avec à la clé la même frustration générée par sa brièveté et la même tristesse quelle que soit la teneur des souvenirs évoqués. Impossibilité de ralentir la course du film. De retarder le moment où l’écran redevenu blanc, la bobine tournera stupidement dans le vide, faisant claquer la queue de la  pellicule. Sentiment que la fin du film est déjà impressionnée.  

La lumière rallumée pour cause d’angoisse trop vive redonne des couleurs rassurantes aux choses : l’orangé de l’abat-jour et des double-rideaux, le bleu des murs et des boiseries. Tout cela est bien réel et pas encore passé.

21 novembre 2006

L'accolade

Après chaque soirée passée ensemble, le moment de se quitter. Elan synchronisé des corps, vaguement gênés, pour se donner l’accolade. Abandon total de R., mise en danger de celui qui semble-t-il n’a rien à perdre mais encore beaucoup à donner. Comme à mon habitude, craignant l’implication à mon corps défendant, je suis économe de mon affection. J’étreins de biais ou j’embrasse en évitant de trop serrer l’autre contre moi. Je pense à l’attitude de Pascal Greggory snobant Barthes sur le tournage londonien des Sœurs Brontë de Techiné. Distance tactique des plus jeunes, disponibilité souffrante des aînés.

L'épreuve du délaissement

Barthes dans Incidents : « Descente à la chambre noire : je regrette toujours ensuite cet épisode sordide où je fais chaque fois l’épreuve de mon délaissement ».

11:40 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Barthes, refusé

20 novembre 2006

Virgile conduisant Dante

medium_William_Adolphe_Bouguereau_Dante_et_Virgile_au_Enfers.jpg
« Dédale – Labyrinthe

Tout ce texte est imprégné, conduit par le souvenir de ma m., le chagrin de sa mort. Ne peut-on imaginer qu’à la lettre certains êtres vous guident dans une démarche intellectuelle ? Non des êtres livresques, des auteurs, des penseurs, mais des êtres dont la chair a été aimée ?

Virgile conduisant Dante. »

R.B.

12:35 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Barthes, Dante, Dédale

A supposer qu'on puisse parler d'une photo...

« A supposer qu’on puisse parler d’une photo, ce ne peut être jamais tout de suite. »

R.B.

19 novembre 2006

Ecrire avec son désir

« Et après ?

- Quoi écrire, maintenant ? Pourrez-vous encore écrire quelque chose ?

- On écrit avec son désir, et je n'en finis pas de désirer. »  

Roland Barthes

00:05 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Barthes, écrire

 
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