Avertir le modérateur

08 août 2008

La cause de notre ruine

1455760726.jpg« Comme l’a dit John Barclay, notre héritage devrait nous donner sagesse et force ; or aujourd’hui notre génération est corrompue, de nombreuses personnes sont faibles d’esprit et de corps, nous sommes la proie de nombreuses maladies mortelles et beaucoup de familles sont touchées par la folie : nos pères sont la cause de notre ruine ; nos pères sont malades et il est fort probable que nous irons encore plus mal qu’eux. »

Robert Burton, Anatomie de la mélancolie (traduction Bernard Hoepffner)

24 juillet 2008

Tout est plus que difficile

75406701.jpg« Il y a cinquante ans, j’aurais probablement accepté de reprendre le magasin, de même que papa a été contraint, en son temps, de faire marcher l’affaire ; pendant des années, j’ai essayé de respecter cette décision prudente, de m’engourdir dans une activité professionnelle, une existence bourgeoise, avec ma table, ma chaise, mon plat de pâtes à midi, ma soupe au dîner, et le cinéma pour toute distraction. Je n’aurais abouti qu’à regretter ce que j’aurais pu être. L’enfer, ce sont ces journées toujours identiques. Moi, je ne veux exclure aucune décision. Mais je n’ose pas risquer le tout pour le tout, tout miser sur un jeu dont peu se relèvent. Tout est plus que difficile, mais si c’était à refaire, je ne pourrais pas agir autrement.

Je crois cependant qu’il se présente maintenant quelques possibilités ; on doit m’introduire dans des groupes qui publient de ces petites revues, certes à faible tirage, mais qui sont influentes, très estimées – et cette voie est assurément un bon moyen, même si ça n’est pas une fin. […] Quand je serai définitivement un intellectuel raté, il sera toujours temps pour moi de rentrer dans le rang… mais lequel ? Ce n’est plus possible… »

Alberto Arbasino, Les petites vacances.

17 juin 2008

Les mondes éloquents

832191175.JPG

 

« Les mondes éloquents ont été perdus »

René Char, Le Marteau sans maître.

Illustration : Pierre Lesieur, Paysage à Procida, lithographie.

04 février 2008

Silence

92534290d8a232cf22d6ca0b93d672d3.jpg

« Le corps rétréci dans la prière

On nourrit le silence

  

Un peu de mots comme du sel »

(Guy Allix, Mouvance mes mots)

20:45 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Y.T., silence

28 décembre 2007

Ce qu'on te reproche

38c1be235f2b45853d22b51f5f68d3fd.jpg

 « Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi. »

Jean Cocteau

00:15 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Cocteau

17 novembre 2007

Sédiments

108d20c667a9c67dc8683141b10b1e76.jpg« Ecrivant sur le passé, j’ai compris que c’est la mémoire qui clarifie… Le reste, journal, lettres, notes, sont des sédiments… »

Anonyme, cité par Sybille Bedford dans Sables mouvants.

25 octobre 2007

Cette fissure magique

« Le voyage est d’abord fait de lui-même. C’est un espace longiligne, dans lequel, comme en une fissure de la planète, tombent images, profils, mots, sons, monuments et brins d’herbe. On peut faire dix mille milles sans avoir voyagé pour autant ; on peut faire une promenade, et la promenade peut devenir cette fissure, être voyage. Les émigrants du XIXe siècle ne voyageaient pas, qui pourtant changeaient de cieux, et les touristes en troupeau ne voyagent pas, qu’un guide agressif bourre de chefs d’œuvre. Voyager, c’est une opération ou solitaire ou en compagnie minime et affine ; et c’est se laisser tomber au fond de cette fissure magique qui nous porte d’un lieu à l’autre. »

Giorgio Manganelli, Italies excentriques.

14:45 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Manganelli

14 septembre 2007

Epaves malthusiennes

medium_Santabarbara.JPG« Quelques mois avant le début de la Seconde guerre mondiale, Aldous Huxley et Thomas Mann arpentaient une plage du Sud de la baie de Santa Monica, jouissant d’une "solitude miraculeuse" et plongés dans une discussion sur Shakespeare, quand ils réalisèrent soudain que, "aussi loin qu’ils pouvaient porter leur regard, le sable était recouvert de formes blanchâtres qui ressemblaient à des chenilles mortes". En fait de "chenilles", il s’agissait d’"épaves malthusiennes", "dix millions de préservatifs usagés", selon l’estimation de Huxley, rapportés par la houle après avoir été évacués par le principal déversoir des égouts de la ville à Hyperion Beach. Huxley ne nous dit pas comment son célèbre compagnon réagit à cette étrange vision, mais il rapporte le spectacle offert par la même plage quinze ans plus tard : "Le sable est propre […], les enfants y creusent des trous, les corps huilés des baigneurs brunissent lentement […], etc." Cet "heureux dénouement" était "l’œuvre de l’une de ces merveilles de la technologie moderne, la station d’épuration Hyperion".

[…] Presque fatalement, ce symbole de la capacité infinie de Los Angeles à manipuler la nature au nom du développement allait devenir à la fin des années quatre-vingt l’incarnation maléfique de la crise écologique de la ville.

A la fin du mois de mai 1987, cette "merveille de la technologie moderne" recracha  des millions de litres de déchets innommables dans la baie de Santa Monica, avec pour principales victimes le sable de ses plages et l’humeur de ses riverains. C’était là la première occurrence d’une série tragi-comique de désastres écologiques […] Face aux calamités qui succédèrent à cette marée de merde, inondations, sécheresse, contaminations toxiques, smog, risques sismiques et problème des déchets solides, on commença à se demander en haut lieu si, derrière les guerres que se livraient promoteurs et propriétaires, ce n’était pas toute l’infrastructure de la ville qui était en train de s’effondrer. »

Mike Davis, City of Quartz

05 septembre 2007

Indéfiniment et jamais plus

medium_kis.2.jpg« Le récit éponyme d’Encyclopédie des morts, recueil de nouvelles de [Danilo] Kis, évoque une bibliothèque à la Borges dont les volumes relatent la vie des morts qui n’ont pas été célébrés, qui ne figurent "dans aucune autre encyclopédie". En outre, chacun de ses ouvrages parle de son sujet dans les termes mêmes qu’aurait choisis la personne en question : il énumère les auteurs préférés de celle-ci, les spectacles de cirque auxquels elle a assisté, indique le jour où elle a fumé sa première cigarette, mentionne les chaussures pointues achetées avec l’argent que son père lui a donné pour avoir obtenu son diplôme. Tout est là. "Rien ne se répète jamais dans l’histoire des hommes, tout ce qui paraît à première vue identique est à peine semblable ; chaque homme est en lui-même un astre à part, tout se passe toujours et jamais, tout se répète indéfiniment et jamais plus (1)". »

Edmund White, La bibliothèque qui brûle

(1) Encyclopédie des morts, Gallimard, 1985, trad. Pascale Delpech.

Tout vieillard qui meurt

« En Afrique, tout vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle. »

Amadou Hampaté Bâ

medium_holland_house.3.jpg
Illustration : Bibliothèque de Holland House, Londres, 22 octobre 1940. Pour une lecture stimulante de cette photo, voir le blog de Dominique Autié.

08 août 2007

Futuropolis

medium_city_of_quartz.JPG« Dans le secteur ethniquement « pur » (95 % de Blancs) qui couvre le nord du comté de San Diego et le sud du comté d’Orange – véritable « futuropolis » peuplée de communautés fermées et de pôles technologiques –, les associations de propriétaires, soutenues par les commerçants, ont déclaré une guerre hystérique aux immigrés, force de travail bon marché pourtant indispensable au mode de vie de la race des seigneurs. Dénonçant le comportement infâme de ces malheureux qui, par exemple, n’hésitent pas à uriner sur la voie publique, les propriétaires d’Orange, de Costa Mesa, de San Clemente, d’Encinitas et d’autres localités de la « Gold Coast » demandent l’intervention de la police contre les campements de ces travailleurs mexicains ou centre-américains sans papiers qui se regroupent tous les matins aux carrefours dans l’attente d’une embauche. Comme il n’y a pratiquement pas de logement bon marché dans les 140 kilomètres qui séparent le barrio de Santa Ana des quartiers hispaniques d’East San Diego, ces milliers de journaliers et leurs familles – successeurs hispanophones des travailleurs agricoles décrits jadis par Steinbeck – subsistent clandestinement dans des abris de fortune et des campements improvisés dans les taillis et les collines, souvent à proximité de somptueuses résidences, dont les propriétaires millionnaires veulent désormais en finir avec le « fléau » de l’immigration. »

Mike Davis, City of Quartz : Los Angeles, capitale du futur.

21 mai 2007

Lorsque le goût des jouissances matérielles...

« Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.

« Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes (…)

« Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.

« Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître. (…)

« Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l’on s’étonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple…

« Le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n’est ni cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier. »

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique,  Livre II, 1840 (10/18, 1963).

18:45 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Tocqueville

12 mai 2007

Territoire mental

medium_virginia.jpg« Le pays d’un écrivain est un territoire mental ; et nous courrons le risque d’une désillusion si nous essayons de transformer ces villes fantômes en briques et en mortier tangibles. »

V.W. (The Essays of Virginia Woolf)

18:00 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Woolf, écrire

08 mai 2007

Des images d'encre

medium_excentriques.jpg« Quand le capitaine Thicknesse était en colère (ce qui était son état ordinaire), ou quand il avait peine à expliquer en sa faveur une circonstance délicate, il exsudait comme une pieuvre des images d’encre qui lui permettaient de camoufler les faits tout en captivant son public. »

Edith Sitwell, Les excentriques anglais.

18:10 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Edith Sitwell

01 mai 2007

Ses quelques talents

« Ses quelques talents paraissaient dérisoires par rapport à ses aspirations vagues et illimitées. »

Michael Holroyd, Lytton Strachey : A Biography.

11:00 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Strachey

26 avril 2007

Sur le moment

medium_Woolf.2.jpg

« Je peux seulement remarquer que le passé est beau parce qu’on ne comprend jamais une émotion sur le moment. Elle se développe ensuite et nous n’avons donc pas d’émotion complète liée au présent, seulement au passé. »

Virginia Woolf, Journal 18-03-1925.

15:10 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Woolf, passé, temps

03 avril 2007

Les jours passent...

medium_VirginiaWoolfDeckchairbyVanessaBell.jpg« Ainsi, les jours passent et je me demande parfois si l'on n'est pas hypnotisé comme un enfant par un globe d'argent, par la vie. Et si c'est vivre cela. C'est très rapide, brillant, excitant. Mais peut-être superficiel. »

Virginia Woolf, Journal.

09:50 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Woolf

28 février 2007

Je ne puis regretter...

medium_borges-sky.2.jpg« Je ne puis regretter la perte d’un amour ou d’une amitié sans songer qu’on ne perd que ce qu’on n’a pas réellement possédé. »

Jorge Luis Borges, « Nouvelle réfutation du temps », Enquêtes.

11:25 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Borges, temps

13 février 2007

Tous les mystères de la mémoire et toutes les agonies du désir

« L’homme sait qu’il y a dans l’âme des nuances plus déconcertantes, plus innombrables, et plus anonymes que les couleurs d’une forêt automnale… Et pourtant il croit que ces nuances, et toutes les façons dont elles se fondent et se métamorphosent les unes dans les autres, peuvent être représentées par un mécanisme arbitraire de grognements et de glapissements. Il croit que de l’intérieur d’un agent de change sortent réellement des bruits qui suggèrent tous les mystères de la mémoire et toutes les agonies du désir. »

G.K. Chesterton

13:05 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Chesterton

07 février 2007

Un égoïsme très doux

medium_masque.2.gif« Chacun se retranchait dans un égoïsme très doux. Toutes les passions étaient tolérées. La terre était dans une accalmie chaude. Les vices y croissaient avec l’inconscience des larges plantes vénéneuses. L’immoralité, devenue la loi même des choses, avec le dieu Hasard de la Vie ; la science obscurcie par la superstition mystique ; la tartuferie du cœur à qui les sens servaient de tentacules ; les saisons autrefois délimitées, maintenant mélangées dans une série de jours pluvieux, qui couvaient l’orage ; rien de précis, ni de traditionnel, mais une confusion de vieilleries, et le règne du vague. »

Marcel Schwob, « L’incendie terrestre » in Le Roi au masque d’or.

10:05 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Schwob

23 janvier 2007

quelque chose de très problématique, de vague et d’enchanteur

« En écoutant du banc la voix ensommeillée et monotone du professeur d’italien, auquel par-dessus tout je ne pouvais pardonner d’avoir mal parlé d’Ungaretti dans un volume sur la littérature du XXe siècle, je me disais que la carrière de l’érudit, la carrière de l’historien de la littérature italienne, ne pouvait absolument pas être pour moi. Mais l’art, en revanche ?

L’université, c’était l’étude, c’était l’ennui, la poussière, le fastidieux académisme. D’accord. Mais l’art ? L’art, c’était Ungaretti, les vers de l’Allegria, quelque chose de très problématique, de vague et d’enchanteur. Comme la vie. Comme l’avenir qui se trouvait devant moi. Comme le tennis et les amours… Ne pouvait-on fonder sa propre vie sur des choses comme celles-là ? »

Giorgio Bassani, « Un vero maestro », Opere.medium_GiorgioBassani_foto_tennis.2.jpg

 

22:55 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Bassani, écrire

22 janvier 2007

Ecrire en dansant

« Ivres à peine. Mozart pleure des notes qui me laissent comme hypnotisé, toujours. Sur la modeste table de bois, nos assiettes vides et luisantes, nos verres à demi-pleins, les fumées entremêlées de nos cigarettes, des miettes de pain, une revue d’art dont il m’a montré les motifs, et les deux bouteilles de vin rouge bientôt vides.

Symétrie dans le miroir, au-dessus de la cheminée : les étagères de la bibliothèque du salon où nous devisons comme si nous glissions dans les mots se continuent aux étagères de l’entrée où trônent des livres que seul un escabeau permet d’attraper. Bois tendre et bois blanc séparés par le cadre du reflet. Dans l’ombre, son profil lit...

"L’horreur du réel. Rien à lui opposer que l’acte d’écrire qui avait fini par s’imposer à moi comme une activité nécessaire, aveugle, comme l’unique façon de boucher le temps, de se fermer à la mortalité qui, de simple obsession, s’était faite si banalement charnelle. La présence, la dénégation désespérée de la mort, je n’avais de toute façon jamais supposé d’autre motif à l’écriture…"

Plaisir de sourire à l’écouter. Il  lit avec application, sans solennité, sans trébucher. Son émotion est palpable, je m’adoucis, n’ai pas besoin d’être attentif.

Les mots s’impriment sur mon écran mental avec l’exacte intonation de l’homme qui les a pensés. Seule la lumière des petites lampes résonnant sur les étagères de livres doux, bruns et espiègles, me rattache au réel, et le réel ce soir-là c’est la voix d’un ami cher tenant en ses mains un livre qui pour lui a fait événement, comme l’on porte en soi comme il en est d’un talisman la photo noir et blanc de sa mère enfant, ou, quelque part en ses murs, un objet trouvé, mais sacré.

Alors les mots, comme une arabesque calligraphiée, dansent comme des ombres chinoises qui nous rappellent ces vestiges de soi, vertiges intimes et diaphanes. »

Stéphane Darnat

Blog littéraire Le Solitaire rature

09 janvier 2007

Ces marges

« il y a une marge

entre ce que je suis

et celui que je voudrais être

il y a une marge

entre la vie que je mène

et la vie à laquelle j’aspire

il y a une marge

entre ce que j’écris

et ce que je voudrais écrire

j’ai travaillé et je travaille

avec ténacité à réduire

ces marges

qui n’en font qu’une »

Charles Juliet, L’Opulence de la nuit

10:45 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écrire

07 janvier 2007

Derrière la porte

medium_Bassani.jpg« Je le regardais ; et soudain, là, dans l’air immobile et flamboyant, je me sentis parcouru d’un étrange frisson de froid. Je ne comprenais pas bien : je me sentais mal à l’aise, comme exclu soudain de quelque chose, et pour cette raison, envieux, petit, mesquin…

Et si, au contraire, je lui avais parlé, à Luciano ? pensais-je en moi-même, en fixant, tenté, ce maigre dos solitaire que le soleil déjà faisait rougir au niveau des épaules. Si, acceptant l’invite qu’il m’avait faite un moment plus tôt sur la plage, je m’étais décidé et nous avais mis brusquement, lui et moi, en face de la vérité, de toute la vérité ? Le vent du large ne commencerait pas à rider l’eau avant une heure au moins. Si je l’avais voulu, le temps ne m’aurait pas manqué.

Seulement, au moment même où, devant ce maigre dos nu, soudain pur, inaccessible dans sa solitude, je m’abandonnais à ces pensées, quelque chose pourtant devait déjà me dire que si Luciano Pulga, lui, oui, était certainement capable de la regarder en face, la vérité, toute la vérité, moi, je ne l’étais pas. Lent à comprendre, cloué depuis toujours à un destin de désespoir et de tristesse, la porte derrière laquelle une fois de plus je me cachais, ce n’était même pas la peine de songer à l’ouvrir. Je n’y parviendrais pas. Ni maintenant, ni jamais. »

Giorgio Bassani, Derrière la porte.

11:30 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Bassani

02 janvier 2007

En silence

« Si je devais choisir une qualité parmi toutes, j’opterais pour la délicatesse. Voilà une vertu réellement élitiste, délicieuse comme son nom l’indique, et rarissime. Elle ne s’enseigne pas. Dire de quelqu’un qu’il est délicat, c’est une sottise s’il l’est vraiment. Cela doit se savourer en silence. »

Georges Picard, Du malheur de trop penser à soi.

12 décembre 2006

Un vague délicieux

medium_stevenson-foto.gif« Depuis notre jeunesse, nous avons décidé de demeurer dans un vague délicieux en ce qui concerne notre personne, nos aspirations et nos fautes. »

R.-L. Stevenson

10:30 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Stevenson

29 novembre 2006

Le plagiat de soi-même

« Mais ce qu’on appelle expérience n’est que la révélation à nos propres yeux d’un trait de notre caractère, qui naturellement reparaît, et reparaît d’autant plus fortement que nous l’avons déjà mis en lumière pour nous-mêmes une fois, de sorte que le mouvement spontané qui nous avait guidé la première fois se trouve renforcé par toutes les suggestions du souvenir. Le plagiat humain auquel il est le plus difficile d’échapper, pour les individus (et même pour les peuples qui persévèrent dans leurs fautes et vont les aggravant), c’est le plagiat de soi-même. »

Marcel Proust, Albertine disparue.

19:15 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Proust

Départs

« Car j’ai en moi de grands départs inassouvis. »

Miquel Barceló, Carnets d’Afrique.

12:30 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Barceló, départ

Une vie cachée

medium_urnesfuneraires.2.jpg« Mais l’être le plus affligeant est celui qui peut ne se plus désirer, se satisfait de n’être rien, ou de n’avoir pas été ; il dépasse le mécontentement de Job, maudit non les jours de sa vie, mais sa naissance, se satisfait d’avoir existé jusque-là, et d’avoir un titre à une future existence, bien qu’il n’ait vécu que d’une vie cachée, et pour ainsi dire avortée. »

Sir Thomas Browne, Les Urnes funéraires.

28 novembre 2006

Tout est fécond, tout est dangereux

« A partir d’un certain âge, nos souvenirs sont tellement entre-croisés les uns sur les autres que la chose à laquelle on pense, le livre qu’on lit n’a presque plus d’importance. On a mis soi-même partout, tout est fécond, tout est dangereux et on peut faire d’aussi précieuses découvertes que dans les Pensées de Pascal dans une réclame pour un savon. »

Marcel Proust, Albertine disparue.

15:20 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Proust, écrire, temps

22 novembre 2006

Une pénombre de pages non lues

Pour Keynes, un lecteur « devrait approcher [les livres] avec tous ses sens ; il devrait connaître leur texture et leur odeur […] Il devrait vivre avec plus de livres qu’il n’en lit, avec une pénombre de pages non lues, dont il connaît le caractère général et le contenu flottant autour de lui ».

21 novembre 2006

Si d'aventure on aime

« Je hais les serre-fesses, les baisers qu’on leur prend,

Leur grogne, leur rogne, leur hargne, et leurs coups véhéments.

Je n’aime pas non plus les cœurs qui se donnent :

Ils sont à vous, à moi, ils ne sont à personne.

Cherchons un moyen terme : si d’aventure on aime

Il ne faut rien donner tout en donnant quand même. »

Straton de Sardes, La muse adolescente, traduction Pierre Maréchaux.

Je t'enlacerai

medium_TN_1111004496399_1_.2.jpg« Je t’enlacerai, tu t’en lasseras », disait Louise de Vilmorin.

Je suis tenté d’ajouter : « Je t’éviterai, tu t’inviteras ».

L'épreuve du délaissement

Barthes dans Incidents : « Descente à la chambre noire : je regrette toujours ensuite cet épisode sordide où je fais chaque fois l’épreuve de mon délaissement ».

11:40 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Barthes, refusé

20 novembre 2006

Les nuits de son enfance

medium_Barcelo.3.jpg

 

« J’ai survécu à tous les chiens qui aboient les nuits de mon enfance. »

Miquel Barceló, citant « le meilleur poète de son village » dans Carnets d’Afrique.

17:55 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Barceló, enfance

Virgile conduisant Dante

medium_William_Adolphe_Bouguereau_Dante_et_Virgile_au_Enfers.jpg
« Dédale – Labyrinthe

Tout ce texte est imprégné, conduit par le souvenir de ma m., le chagrin de sa mort. Ne peut-on imaginer qu’à la lettre certains êtres vous guident dans une démarche intellectuelle ? Non des êtres livresques, des auteurs, des penseurs, mais des êtres dont la chair a été aimée ?

Virgile conduisant Dante. »

R.B.

12:35 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Barthes, Dante, Dédale

Retard

medium_Pau-Casals---Yousuf-Karsh-1.2.jpg« Le retard, c’est le rythme. »

Pablo Casals

 

12:30 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Pablo Casals

A supposer qu'on puisse parler d'une photo...

« A supposer qu’on puisse parler d’une photo, ce ne peut être jamais tout de suite. »

R.B.

Les murs de province

« Les murs de province suent la rancune. »

Jules Renard

12:00 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : enfance

Si vous voulez l'arc-en-ciel...

medium_dollyparton.JPG« A mon avis, si vous voulez l’arc-en-ciel, il faut s’arranger avec la pluie. »

Dolly Parton

11:05 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Dolly Parton

Rupture de stock

medium_7Days_THU_051206_1_.2.jpg« Ces temps-ci, la chance devait être en rupture de stock. »

Deborah Eisenberg, Petits désordres sans importance.

Une histoire invisible

« Aussi reste-t-il peut-être à écrire une histoire invisible des années 1980, qui montrerait, derrière leur loi d’airain, qu’elles furent aussi le temps de l’esquive, des contre-mondes, du bricolage résistant, le temps d’une génération qui n’apprit ni à faire la révolution ni à s’emparer du pouvoir mais, mieux qu’une autre, à savoir passer entre les gouttes – en tentant d’échapper au chômage (ou à la mort sociale qu’en fit la propagande), à la Loi, au crétinisme médiatique, à toutes les injonctions nouvelles et, toujours, au sida. Cette décennie invisible serait celle d’un monde d’interstices, improvisé dans les replis de l’ordre dominant, un monde de survie active (ou réactive) mais indétectable, un monde où la critique n’est donc pas morte mais enterrée en quelque sorte, invisible parce que inavouable, pensive parce que impensable. Même coincée au fond d’un puits, la critique travaillait encore – ou déjà – son époque.

(…)

C’est sans doute pour avoir suivi pareil trajet, intime, furtif, souterrain, en berne ou en sourdine, que la révolte politique présente aujourd’hui, même avec ses limites, les dimensions pratique, subjective, décalée qui sont les siennes, et que ne comprennent toujours pas les baby-boomers au pouvoir. Eux qui ont toujours soumis la révolte au surmoi de l’institution, cellule gauchiste hier, Etat ou entreprise aujourd’hui. Une telle politique des affects renvoie, elle, à la précarité, à l’inquiétude, à la force aussi des liens latéraux, à la minorité qui nous traverse tous en un point ou un autre et qui autorise à brancher les unes sur les autres des luttes a priori sans rapport. Elle renvoie aussi au concept crucial de « partage du sensible », élaboré par Jacques Rancière sur le modèle de l’aisthésis des philosophes grecs, dans le sens de « ce qui met en communication des régimes séparés d’expression » : ce qui fait d’un travail d’esthétique un moment politique, d’une lutte ici une force dans un autre domaine, d’une expérience collective une destitution des groupes constitués – et de toute sensation commune une puissance déjà politique. Et c’est ce partage du sensible qui peut faire de la théorie elle-même un simple moment de la perception, ou même une façon de faire, et non plus cette mythologie autosuffisante qu’elle devient dès qu’elle n’interfère plus avec des pratiques. »

François Cusset, La Décennie. Le grand cauchemar des années 1980.

Même si tout ça doit finir mal...

medium_lasirene.jpg« Même si tout ça doit finir mal, je suis enchanté de vous connaître, Madame »

Louis Mahé – Jean-Paul Belmondo à Marion Bergamo – Catherine Deneuve dans la Sirène du Mississippi.

10:55 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Truffaut

19 novembre 2006

Ecrire avec son désir

« Et après ?

- Quoi écrire, maintenant ? Pourrez-vous encore écrire quelque chose ?

- On écrit avec son désir, et je n'en finis pas de désirer. »  

Roland Barthes

00:05 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Barthes, écrire

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu