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Pour en finir avec la politique à Papa : Les Trentenaires prennent la parole

Pour en finir avec la politique à Papa : Les Trentenaires prennent la parole

Auteur : Guénaëlle Gault

Éditeur : Le Seuil

Année : 2007

Il n’est jamais très facile de parler du livre d’un proche, de quelqu’un qui, par conséquent, vous parle au plus près. Je suis néanmoins convaincu que Pour en finir avec la politique à Papa de Guénaëlle Gault parlera à d’autres que moi, au-delà même du cercle des trentenaires, objet désigné de ce livre. Peut-être convient-il d’abord de dire ce que ce livre n’est pas : il ne s’agit pas d’un pamphlet de plus, traquant l’air du temps, et en l’espèce le vent qui se lève actuellement chez les plus jeunes générations à l’encontre de celle qui occupe aujourd’hui le haut de la pyramide sociale, à savoir les fameux baby-boomers qui ont étrenné leurs dix-huit ans sur les barricades de mai 68. Pas question ici de pousser un cri revanchard à l’égard d’une génération dont la prégnance de quelques figures médiatiques peut un peu hâtivement donner à penser qu’elle serait dans son ensemble égoïste, cynique et plus amoureuse du pouvoir encore que ceux qu’elle s’acharna dans sa jeunesse à faire tomber de leur piédestal. L’entreprise de Guénaëlle Gault est d’une toute autre nature et partant d’une toute autre portée. Elle s’attache à démonter les poncifs communément admis sur la génération à laquelle elle appartient, celle des trentenaires : son individualisme, le primat qu’elle accorderait à l’émotion, son manque supposé d’ambition, son incapacité prétendue à s’engager. Elle lui donne une voix, des arguments pour contester un jugement le plus souvent rendu in absentia. Au lieu de se focaliser sur ce qui disparaît, elle traque le neuf et bouscule au passage les idées reçues. Non, l’individualisme n’est pas synonyme d’égoïsme : loin d’être une tare, il est un progrès par rapport à l’ancien monde des allégeances obligées à l’Eglise, à la Famille, au Parti ou à la Communauté. Non, l’affect n’est pas purement opposable à l’intellect, qui seul peut rapidement prétendre au monopole de la vérité. Oui, l’ambition des trentenaires n’est pas celle de leurs aînés, mais est-elle vraiment moins respectable ? Oui, les formes traditionnelles de militantisme ne les attirent plus, mais en marge d’un système politique tournant de plus en plus à vide, ils inventent d’autres formes d’engagement, moins impliquantes parfois mais plus concrètes aussi. A lire cet intelligent renversement de perspectives, on se demande comment le discours qu’il vient saper a pu être tellement dominant jusqu’ici. Peut-être justement parce qu’il est produit par ces quelques figures médiatiques omniprésentes, ayant surgi sur la scène politique dans le sillage des événements de 68, et devenues incapables aujourd’hui de penser le présent et l’avenir avec d’autres mots que ceux disant la perte. A ceux-là, Guénaëlle Gault demande de résister au complexe de Cronos, le dieu de l’Antiquité grecque qui avalait ses enfants pour retarder sa propre déchéance. Car on ne retient pas la course du temps sans s’exposer à un retour de bâton violent.

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