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06 septembre 2007

15 juillet : Un fantasme

medium_Financial_district.2.JPGChaque soirée de cette semaine passée à San Francisco nous cueillait fourbus mais ravis d’avoir au fil d’une longue journée pu découvrir un ou deux quartiers supplémentaires. Union Square, Financial District, North Beach, Fisherman’s Wharf, Pacific Heights, Golden Gate Park, Haight-Ashbury, Civic Center, Mission District, Castro… Pas un de ces petits carrés striés d'orange sur la carte que nous n'ayons méthodiquement arpenté à pied, en nous aidant occasionnellement du bus.

Je crois que la marche reste le seul moyen pour moi de m’approprier une ville, comme on assemble patiemment pièce après pièce un puzzle de béton, de métal et de bois. D’où sans doute les sentiments contrariés, entre répulsion et fascination, que m’inspire la monstrueuse et clinquante Los Angeles, où les distances entre les quartiers sont définitivement trop grandes pour les parcourir à pied et où il est extravagant de se reposer sur les transports en commun – sauf à être totalement masochiste et à accepter de passer quatre heures dans un bus simplement pour traverser le centre de la ville. Là-bas, l’espace est éclaté, le mouvement motorisé une illusion grisante, qui recomposent constamment et repoussent hors champ toute idée de ville : L.A. ne se donne à vous que pour mieux vous résister l’instant d’après, et vous échappe toujours.

medium_brume_financial_district.2.JPG

San Francisco n’a pas cette afféterie, elle se laisse envisager sans faire de mystère. Et j’aurais presque envie de dire, à l’instar de Carrie (mais un ton en dessous) : « I loved, loved, loved, loved that city » : medium_chinatown.2.JPGles manoirs victoriens irréels des quartiers chics, les gratte-ciels égarés dans la brume de Financial District, les pagodes aux tuiles vertes vernies de Chinatown, la déglingue des vieux cinémas Art Déco désaffectés de Mission District, le quartier latino, et bien sûr la multitude des maisons en bois aux couleurs de cartes postales qui s’étalent et s’étagent dans pratiquement toutes les rues dès qu’on sort du centre-ville à proprement parler.medium_maisonsSF.3.JPG

Il n’y a guère que Tender Loin pour embarrasser la vue : les camés y hantent chaque rue, armée de zombies toute droit sortie d’un film de George Romero. La misère extrême dégueule son alcool frelaté jusqu’au pied des grands hôtels et des galeries d’art d'Union Square. Revers de la prospérité américaine que l’on aurait pu finir par oublier presque, à force de fréquenter les malls de luxe et les restaurants d’Orange County, où l’entre-soi préserve de l’inattendu.

Peut-être précisément parce que San Francisco conserve un véritable espace public qui semble faire défaut là où s’étend l’ombre de Los Angeles, et donc qu’elle met en présence des individus qui ailleurs jamais ne se croisent, je me sentirais capable d’y vivre. Est-il nécessaire d’ajouter qu’au contact prolongé de cette ville a pris corps dans mon esprit le fantasme d’une année sabbatique passée ici à écrire ?

medium_le_dormeur_de_Financial_District.2.JPG

Commentaires

Magnifique...
Quelle est cette dernière photo ?

Écrit par : antinous | 07 septembre 2007

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