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03 août 2007

1er juillet : Exercice de solitude

Assis seul dans le terminal 2 à Roissy en attendant l’embarquement jeudi dernier, je me disais qu’il faudrait toujours voyager ainsi plutôt qu’en couple ou entre amis. Parce que les longues heures d’attente dans les aéroports ne sont pas propices aux échanges les plus brillants et qu’ils finissent par abêtir complètement : à bout d’attendre, on cherche le moindre prétexte pour amuser ses compagnons de voyage, resuçant de vieilles anecdotes usées jusqu’à la corde ou balançant des traits de plus en plus acérés et de moins en moins drôles. Il est à souhaiter que nos proches soient assez indulgents et fatigués pour en rire et les oublier par la suite. A contrario, les départs sont des moments suffisamment importants pour que l’ennui qu’ils traînent avec eux soit mis à profit pour faire retour sur soi-même. Ils sont du moins toujours pour moi un instant révélateur des mois et des années passés, à l’instar de certaines nuits de veille ou d’insomnie, un exercice de relecture signifiant « voilà où j’en suis » en même temps qu’ils sont l’événement par essence, celui où tout change, où l’on laisse derrière soi ses vielles peaux après une mue, où l’on est déjà l’autre, détaché de ce qui quelques heures à peine plus tôt pesait encore lourdement sur la nuque.

Du moins en étais-je convaincu jusqu’à mon arrivée à Londres, où j’ai pu expérimenter de manière abrupte la contrepartie de cet exercice de solitude du voyageur quand son trajet déraille.

medium_hotesse.JPGParce que mon agence de voyages avait omis de me donner mes billets au format papier à mon arrivée à l’aéroport à Paris et m’avait invité à retirer directement mon boarding pass auprès de British Airways qui m’emmenait jusqu’à Londres, je me suis retrouvé coincé à Heathrow entre deux avions. Virgin Atlantic avec qui je devais faire Londres – Los Angeles refusait de m’éditer mon billet. C’était le début d’un marathon kafkaïen qui m’a vu courir sans cesse du guichet de Virgin, où les hôtesses déclinaient toutes les variantes du refus – professionalisme poli, fermeté agressive, compassion distraite -, jusqu’aux téléphones publics situés à l'autre bout du terminal pour harceler les téléopérateurs impuissants de mon agence de voyages en France, à qui à chaque fois il fallait tout réexpliquer et qui à chaque fois me laissaient entrevoir une issue différente : « c’est réglé, vous n’avez pu qu’à vous enregistrer » puis la fois d’après « c’est de votre faute, nous n’y pouvons rien, il faut maintenant compter sur leur bonne volonté », avant finalement qu’on ne me raccroche au nez. Comme le sentiment d’avoir pris quelque part le mauvais embranchement vers un cul-de-sac et que rien ni surtout personne ne vous indiquera la sortie.

medium_AA.3.JPGJ’ai vu le moment approcher où j’allais me résoudre à débourser les 700 livres sterling qu’on me demandait en remplacement du billet resté à Charles-de-Gaulle. Après sept heures de négociations, d’attente et d’angoisse et 40 livres dépensées en cartes de téléphone, un arrangement a fini par être trouvé avec British Airways qui avait commis l’erreur de me laisser embarquer à Paris sans billet. Et j’ai pu m’envoler pour Los Angeles avec American Airlines… enfin après une heure passée à attendre dans l’avion cloué sur le tarmac que la climatisation soit réparée. Une heure à suer et à étouffer.

Durant le vol, l'angoisse a continué de me poursuivre, à l’idée du débarquement et des formalités de douane – je pensais finir à Guantanamo pour avoir importé sur le territoire américain deux bouteilles d’alcool au lieu du litre autorisé – et je n'ai pas réussi à m’absorber dans la lecture d'un livre ou même l'écoute de mon i-pod. Aussi ai-je nourri la conversation engagée par mon voisin de gauche, un Allemand de 72 ou 73 ans, émigré en Californie depuis les années 50. Il rentrait d’Allemagne où ses deux frères étaient restés pendant tout ce temps. Pour autant que j’ai compris ce qu’il me disait dans son anglais très docteur Folamour et ponctué de légers claquements de ses fausses dents, ils avaient du être séparés pendant des décennies, car ils étaient originaires de l’ex-Allemagne de l’Est. Il était venu aux Etats-Unis pour travailler pour IBM et y avait épousé une Péruvienne (dont il avait eu un fils), décédée l’année dernière. Il me raconta l’année sabbatique qu’ils avaient prise pour sillonner l’Europe et l’Amérique du Sud, ce qui lui était une consolation (« We hat a gud life (cloc) ») et était à mon endroit une invitation à profiter de tout ce que la vie pouvait offrir.

medium_LAX.2.JPG

Arrivé à Los Angeles, j'ai passé la douane sans encombre mais je n’ai pu récupérer ma valise, que j’ai cru perdue jusqu’à ce qu’elle me soit finalement expédiée de Londres, où elle était restée, trois jours plus tard.

Commentaires

Waouh ! Quelle aventure... La fin du texte est vraiment bien (Oh ! Ca va ! Le reste aussi est très bien !) mais j'aurai aimé continuer à lire la suite de ce récit de voyage qui, je ne sais pas pourquoi, m'évoque à la fois un film comique muet, tati et mr Bean !

Voilà, c'est comme ça et c'est très bien !

Écrit par : Arturo B. | 03 août 2007

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