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26 avril 2007

Bibliophilie

Un libraire me raconta un jour que le fantasque Cyril Connolly, figure majeure de la critique littéraire britannique de l’Entre-deux-guerres, avait coutume d’ajouter discrètement une dédicace de sa main dans ses propres livres lorsqu’il en trouvait en vente chez les bouquinistes. Manière sans doute, pour ce bibliophile qui n’hésitait pas à voler des éditions originales chez ses meilleurs amis, de faire croître la valeur de ses ouvrages en circulation.

Sur le moment

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« Je peux seulement remarquer que le passé est beau parce qu’on ne comprend jamais une émotion sur le moment. Elle se développe ensuite et nous n’avons donc pas d’émotion complète liée au présent, seulement au passé. »

Virginia Woolf, Journal 18-03-1925.

15:10 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Woolf, passé, temps

25 avril 2007

Dans le fond de l'évier

Carole l’appelle de la cuisine, où elle dit avoir cassé une assiette en faisant la vaisselle. Découvrant la chose, il est furieux mais craignant le ridicule, se garde bien de le lui montrer. Il s’agit d’une des six lourdes et élégantes assiettes bleues à pictogrammes chinois que lui avait données sa grand-mère quelques années avant sa mort. Source d’énervement supplémentaire, l’assiette n’est pas cassée, seulement salement ébréchée. Petite plaie vouée à l'avenir à le démanger quotidiennement. Impossible de la jeter pourtant. Un moment, il résiste à la pulsion de s’en saisir et de la jeter par terre pour finir le travail. Au lieu de cela, le lendemain, il récupère les éclats épars dans le fond de l’évier et reconstitue avec de la colle ce qui peut l’être, dans l'espoir que son regard ne reste plus accroché à ce pense-bête douloureux.

Emma Vaughan à Virginia Woolf

« On attend toujours de l’été quelque chose qui, semble-t-il, n’arrive jamais. » (Journal, 30-03-1922)

14:05 Publié dans Entre toi & moi | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Woolf, été

03 avril 2007

Les jours passent...

medium_VirginiaWoolfDeckchairbyVanessaBell.jpg« Ainsi, les jours passent et je me demande parfois si l'on n'est pas hypnotisé comme un enfant par un globe d'argent, par la vie. Et si c'est vivre cela. C'est très rapide, brillant, excitant. Mais peut-être superficiel. »

Virginia Woolf, Journal.

09:50 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Woolf

02 avril 2007

La saveur exacte de ces moments

Tout au long de ces dimanches après-midis passés sur le banc devant la maison ou sur l’une des chaises de cuisine sorties pour l’occasion et lui faisant face, il scrutait tour à tour sa grand-mère qui depuis l’ombre de son panama examinait le sol à la recherche de « chiendent » et de temps en temps binait avec sa canne jusqu’à avoir raison de l’herbe rebelle, sa mère ne tenant jamais vraiment en place et se levant pour aller chercher des rafraîchissements ou épouiller un pot de géraniums, son père, bras croisés et vague sourire de sphinx, le regard perdu on ne savait trop dans quelle contemplation, celle de l’horizon au-delà des murs ceinturant le jardin ou bien des rosiers grimpants sur l’arc en fer forgé au bout des pelouses, sa fierté.

 

N. regardait la lumière de la fin de l’été glisser sur les pierres de la façade qui de la couleur la plus blanche qui soit devenaient progressivement légèrement ocres. Il savait qu’il arriverait un jour où il chercherait à retrouver la saveur exacte de ces moments auxquels à présent il aurait pu prendre à peine garde, comme en passant, dans l’attente d’une semaine studieuse comme les autres. Il se demandait comment fixer cet instant, l’étirer jusqu’à l’éterniser ou bien jusqu’à ce qu’il fasse définitivement partie de lui. Il tentait pour cela d’enregistrer chacune de ses multiples facettes, à l'instar des multiples nuances colorant les pierres de la maison.

 

Le soleil déclinait avec la conversation jusqu’à ce que l’un d’entre eux, généralement sa mère, se lève et frissonne, donnant le signal du départ. Pendant que ses parents rapatriaient chaises et verres à la cuisine, il montait quatre à quatre faire son sac dans sa chambre, moment solitaire qu’il avait retardé le plus possible. Chaque minute était désormais comptée à l’approche de l’heure du train et chacun connaissait sa partition qu’il exécutait sans faille. Son père préposé aux clés, sortant la voiture, fermant les portes. Sa mère, délibérément à contretemps, tentait à son passage dans la cuisine avec ses bagages de capter son attention déjà ailleurs, aspirée par l’angoisse naissante de la semaine, pour égrener ses recommandations inutiles concernant le contenu du sac de victuailles qu’il traînerait tel un regret dans le train et les couloirs du métro. Elle semblait tenir à cette manœuvre dilatoire retardant insensiblement le départ comme à un rituel lui permettant d’accepter la séparation, c’est pourquoi il réfrénait l’agacement qui montait en lui, pressé qu’il était au contraire d’écourter ces minutes pénibles.

 

Lorsqu’enfin ils montaient en voiture pour la gare, il adressait néanmoins à chaque fois un long regard à la haute silhouette de la maison découpée dans le bleu du soir avant de se caler au fond de son siège et de s’absorber dans l’écoute d’une émission de radio sans intérêt, ne répondant plus à ses parents l’interrogeant sur ses activités du lendemain que par paquets compacts de deux ou trois mots.

12:00 Publié dans Instantanés | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : départ, été

 
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