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25 janvier 2007

Plutôt que d'écrire

Quand Roland Barthes apporta son premier livre à sa grand-mère maternelle, il s’entendit dire que plutôt que d’écrire, il ferait mieux de "faire garçon de café".

23 janvier 2007

quelque chose de très problématique, de vague et d’enchanteur

« En écoutant du banc la voix ensommeillée et monotone du professeur d’italien, auquel par-dessus tout je ne pouvais pardonner d’avoir mal parlé d’Ungaretti dans un volume sur la littérature du XXe siècle, je me disais que la carrière de l’érudit, la carrière de l’historien de la littérature italienne, ne pouvait absolument pas être pour moi. Mais l’art, en revanche ?

L’université, c’était l’étude, c’était l’ennui, la poussière, le fastidieux académisme. D’accord. Mais l’art ? L’art, c’était Ungaretti, les vers de l’Allegria, quelque chose de très problématique, de vague et d’enchanteur. Comme la vie. Comme l’avenir qui se trouvait devant moi. Comme le tennis et les amours… Ne pouvait-on fonder sa propre vie sur des choses comme celles-là ? »

Giorgio Bassani, « Un vero maestro », Opere.medium_GiorgioBassani_foto_tennis.2.jpg

 

22:55 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Bassani, écrire

22 janvier 2007

Ecrire en dansant

« Ivres à peine. Mozart pleure des notes qui me laissent comme hypnotisé, toujours. Sur la modeste table de bois, nos assiettes vides et luisantes, nos verres à demi-pleins, les fumées entremêlées de nos cigarettes, des miettes de pain, une revue d’art dont il m’a montré les motifs, et les deux bouteilles de vin rouge bientôt vides.

Symétrie dans le miroir, au-dessus de la cheminée : les étagères de la bibliothèque du salon où nous devisons comme si nous glissions dans les mots se continuent aux étagères de l’entrée où trônent des livres que seul un escabeau permet d’attraper. Bois tendre et bois blanc séparés par le cadre du reflet. Dans l’ombre, son profil lit...

"L’horreur du réel. Rien à lui opposer que l’acte d’écrire qui avait fini par s’imposer à moi comme une activité nécessaire, aveugle, comme l’unique façon de boucher le temps, de se fermer à la mortalité qui, de simple obsession, s’était faite si banalement charnelle. La présence, la dénégation désespérée de la mort, je n’avais de toute façon jamais supposé d’autre motif à l’écriture…"

Plaisir de sourire à l’écouter. Il  lit avec application, sans solennité, sans trébucher. Son émotion est palpable, je m’adoucis, n’ai pas besoin d’être attentif.

Les mots s’impriment sur mon écran mental avec l’exacte intonation de l’homme qui les a pensés. Seule la lumière des petites lampes résonnant sur les étagères de livres doux, bruns et espiègles, me rattache au réel, et le réel ce soir-là c’est la voix d’un ami cher tenant en ses mains un livre qui pour lui a fait événement, comme l’on porte en soi comme il en est d’un talisman la photo noir et blanc de sa mère enfant, ou, quelque part en ses murs, un objet trouvé, mais sacré.

Alors les mots, comme une arabesque calligraphiée, dansent comme des ombres chinoises qui nous rappellent ces vestiges de soi, vertiges intimes et diaphanes. »

Stéphane Darnat

Blog littéraire Le Solitaire rature

21 janvier 2007

L'innocent

Lors la mise en scène de son Boris Godounov à Londres, Andreï Tarkovski s’inspirant, pour le personnage maladroitement nommé « l’Innocent » en français, d’une anecdote concernant Staline : celui-ci entendant un soir à la radio le concerto n°23 de Mozart interprêté par la pianiste Maria Yudina, en demande immédiatement le disque. Panique au Kremlin : Maria Yudina jouait en direct et aucun enregistrement n’existe. L’entourage de Staline décide alors d’en réaliser un pendant la nuit mais plusieurs chefs d’orchestre se défilent avant que l’un deux accepte, terrifié. Maria Yudina, quant à elle, reste imperturbable et Staline reçoit le disque tout juste pressé le lendemain. A nouveau charmé par le jeu de la pianiste, il décide de lui accorder une somme de 20 000 roubles. Celle-ci lui écrit alors qu’elle donnera cet argent à son église afin que l’on prie pour que ses crimes contre le peuple russe lui soient pardonnés. Malgré l’offense, Staline refusera qu’elle soit arrêtée. C’est cela la figure de l’Innocent dans Boris Godounov : l’inconscient qui dit son fait au tsar mais que ce dernier laisse vivre afin qu’il prie pour son salut.

09 janvier 2007

Ces marges

« il y a une marge

entre ce que je suis

et celui que je voudrais être

il y a une marge

entre la vie que je mène

et la vie à laquelle j’aspire

il y a une marge

entre ce que j’écris

et ce que je voudrais écrire

j’ai travaillé et je travaille

avec ténacité à réduire

ces marges

qui n’en font qu’une »

Charles Juliet, L’Opulence de la nuit

10:45 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écrire

08 janvier 2007

Le terrain de l'enfance

A chaque séjour chez mes parents, c’est la même angoisse mélancolique qui me gagne par marées successives. Angoisse de me retrouver sur le terrain de l’enfance, hanté par les morts ou par ces êtres qui, immanquablement, le seront un jour.

Quand P. fit un jour le simple constat devant moi que Roland Barthes avait été brisé par la mort de sa mère, je restai interdit, vaguement incapable de comprendre en quoi cet événement pût avoir une telle portée. Il a suffi que je passe à nouveau quelques jours à F. pour en saisir à nouveau toute la barbarie.

Peur panique du deuil. Quand je reviens ici, je prends la mesure de ce à quoi je serai amené à renoncer dans les années à venir. La ville – Paris, j’entends – est un refuge confortable, l’amnésie qu’elle permet, une fuite en avant. Je ne pourrais pas vivre sans cette possibilité quasi permanente d’oubli.

Mélancolie de retrouver l’espace étriqué où ceux qui m’ont précédé ont cantonné leurs vies et de sentir la vanité qu’il y a chez moi à avoir voulu m’en évader. Car pour finir, pas plus qu’eux, je n’échapperai à la mort. Celle-ci rendra bien dérisoires mes gesticulations pour me démarquer des mornes perspectives auxquelles me promettait le cadre local.

Angoisses qui me saisissent en général la dernière nuit de mon séjour, dès la lumière éteinte. Mon regard sur les lieux et les gens prend alors la couleur sépia du deuil. Ma vie passée et future défile avec la rapidité d’un vieux film en super 8. Avec à la clé la même frustration générée par sa brièveté et la même tristesse quelle que soit la teneur des souvenirs évoqués. Impossibilité de ralentir la course du film. De retarder le moment où l’écran redevenu blanc, la bobine tournera stupidement dans le vide, faisant claquer la queue de la  pellicule. Sentiment que la fin du film est déjà impressionnée.  

La lumière rallumée pour cause d’angoisse trop vive redonne des couleurs rassurantes aux choses : l’orangé de l’abat-jour et des double-rideaux, le bleu des murs et des boiseries. Tout cela est bien réel et pas encore passé.

07 janvier 2007

Derrière la porte

medium_Bassani.jpg« Je le regardais ; et soudain, là, dans l’air immobile et flamboyant, je me sentis parcouru d’un étrange frisson de froid. Je ne comprenais pas bien : je me sentais mal à l’aise, comme exclu soudain de quelque chose, et pour cette raison, envieux, petit, mesquin…

Et si, au contraire, je lui avais parlé, à Luciano ? pensais-je en moi-même, en fixant, tenté, ce maigre dos solitaire que le soleil déjà faisait rougir au niveau des épaules. Si, acceptant l’invite qu’il m’avait faite un moment plus tôt sur la plage, je m’étais décidé et nous avais mis brusquement, lui et moi, en face de la vérité, de toute la vérité ? Le vent du large ne commencerait pas à rider l’eau avant une heure au moins. Si je l’avais voulu, le temps ne m’aurait pas manqué.

Seulement, au moment même où, devant ce maigre dos nu, soudain pur, inaccessible dans sa solitude, je m’abandonnais à ces pensées, quelque chose pourtant devait déjà me dire que si Luciano Pulga, lui, oui, était certainement capable de la regarder en face, la vérité, toute la vérité, moi, je ne l’étais pas. Lent à comprendre, cloué depuis toujours à un destin de désespoir et de tristesse, la porte derrière laquelle une fois de plus je me cachais, ce n’était même pas la peine de songer à l’ouvrir. Je n’y parviendrais pas. Ni maintenant, ni jamais. »

Giorgio Bassani, Derrière la porte.

11:30 Publié dans Mots volés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Bassani

02 janvier 2007

En silence

« Si je devais choisir une qualité parmi toutes, j’opterais pour la délicatesse. Voilà une vertu réellement élitiste, délicieuse comme son nom l’indique, et rarissime. Elle ne s’enseigne pas. Dire de quelqu’un qu’il est délicat, c’est une sottise s’il l’est vraiment. Cela doit se savourer en silence. »

Georges Picard, Du malheur de trop penser à soi.

 
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